À lire.

Les lèvres nues…

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Cela fait un moment que les situationnistes, particulièrement Debord ont le vent en poupe, assimilés dans un vaste bazar, au punk, au jazz ( ? ), Fluxus ou le Centre Pompidou, (cf « Guy Debord ou la beauté du négatif », Gonzalvez). Du même coup, et parce que c’est aussi certainement la face...

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Quelques documents sur une certaine guerre.

Posté par Jules dans Actu le 11-03-2010

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Abdelkrim, Franco, Primo De Rivera, Pétain, Lyautey, de Lattre de Tassigny… Autant de noms que l’histoire a retenue. Un dénominateur commun? Ils se sont engagés dans la guerre du  Rif. De 1921 à 1926, des rifains, emmenés par Abdelkrim El Khattabi, issu de la tribu Aït Ouriaghel mènent une des premières guérillas du XX ème siècle contre l’occupant, français et espagnol. C’est cette guerre, ces hommes que permet de découvrir l’ouvrage « La guerre du Rif » de Nicolas Marmié et Vincent Courcelle-Labrousse (qui n’est autre que l’avocat de « l’émir aux yeux bleus »).

Abdelkrim a fait l’objet d’une bande dessinée par Mohamed Nadrani qui revient sur celui qui fût un jihadiste et un guérillero exemplaire, le dirigeant d’une république moderne mais éphémère, et qui en exil, reçu la visite des plus grands leaders tiers mondistes qui tous connaissaient sa vie et tenaient à le rencontrer.

Si au Maroc Abdelkrim est un symbole souvent utilisé et étudié par les militants amazighs, peu de choses sérieuses paraissent à son propos. Beaucoup des documents les plus importants sur la guerre du Rif et ses conséquence viennent d’Espagne. Ainsi le film Arrhash réalisé conjointement par un marocain et un espagnol à propos des bombardements espagnols de gaz moutarde sur le Rif. Dans la même veine,  les ouvrages de Maria Rosa de Madariaga qui au fil des années s’est penchée sur des problématiques telle que l’utilisation d’armes chimiques ou le recrutement des années plus tard lors de la guerre civile espagnole de milliers de rifains par l’armée franquiste pour mater les forces antifascistes se sont imposés comme des références.

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SALINGER : la possibilité d’un film

Posté par Jean-Mi dans humeur le 23-02-2010

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J.D. SalingerMort, comme tout le monde sait, depuis peu, J.D. Salinger reste célèbre pour avoir donné le goût de la lecture à nombre d’adolescents en colère. À noter qu’après la-dite lecture de L’attrape-coeurs (A Catcher in the Rye en V.O.), tous ces adolescents ont su mettre des mots à cette colère. Holden Caulfield, le jeune héros du roman, rompt avec l’enfance lors d’une fugue de son pensionnat et une errance de plusieurs jours dans un New York féérique d’après-guerre, à la rencontre de l’adulte tapi en lui. C’est à ce héros que plusieurs générations de jeunes hommes se sont identifiés.

Jerome David Salinger avait vécu des atrocités pendant la guerre, dont il parla longtemps après dans plusieurs de ses nouvelles. Aurait-il, dans L’attrape-coeurs, écrit son propre désarroi face à la perte de l’innocence sur les champs de bataille ? Holden Caulfield est-il son alter-ego littéraire, comme Bandini pour John Fante ou Chinaski pour Bukowski ? Ou nous a t-il tous floués, nous ex adolescents, pendant quarante années, en inventant cette histoire de toutes pièces ?

Jerome David Salinger s’est éteint. Le mystère de son œuvre est révélé intact.

L’attrape-coeurs publié au début des années cinquante, Salinger ne publiera rien d’autre à l’exception de nouvelles précédemment parues dans les pages du New Yorker. Et plus rien. En 1965 seulement, une nouvelle est publiée dans le même magazine, qui devrait être réédité depuis 1997, la date ayant toujours été repoussée. Et toujours rien. Nul ne sait quand elle sera publiée.

Jerome David Salinger meurt en janvier dernier. Aucune nouveauté depuis 1965, des promesses, et aucune apparition publique.

Même Beigbeder n’a pas réussi, dans son documentaire L’attrape-Salinger, à attraper Salinger. C’est dire.

Paru en 2007 pour la télévision, le film montrait notre cher écrivain conversant avec de grands noms de la littérature américaine à propos de Salinger. Approchant de très près son but, la maison de l’auteur culte, il ne l’attrapera pourtant pas. Si le film avait déçu la critique au moment de sa sortie, cela ne l’empêche pas de sortir en DVD le 20 mars prochain.

Aucune réponse donc, sur la part d’autobiographie dans L’attrape-coeurs.

Il y a quelques temps pourtant, je lis quelque part * que Salinger lui-même allait être l’objet d’un film, dans un documentaire sur sa vie. Incroyable. Quelqu’un a réussi le défi là où tout le monde avait échoué.

Le film sortira peut-être pour le festival de Cannes. Où l’on apprendra ce que personne n’a su déterminer de la vie et des pensées du mystérieux écrivain.

L’accent est parait-il mis sur sa vie d’avant L’attrape-coeurs. Son enfance, le New Yorker, la guerre. Évidemment, Salinger avait une vie médiatique avant son roman. Sur sa vie recluse à Cornish, New Hampshire, il ne reste que peu de choses ; des refus catégoriques d’interventions, une photo volée peut-être, et un français à l’allure paumée sur le chemin de sa maison.

Shane Salerno est connu pour être le scénariste du prochain film de James Cameron. Un doute assaille mon esprit.

Le film sur Salinger traîne depuis cinq ans. L’écrivain avait probablement refusé, comme il le fit toujours depuis tant d’années, ce projet de film sur sa vie. Il y a alors fort à parier, que de son vivant, il ait mis des bâtons dans les roues de Salerno et ses producteurs. Cela expliquerait le retard pris par le tournage et la sortie du film.  Ayant cassé sa pipe, le vieux bougre laisse enfin travailler ces gens. En paix.

Il aurait obtenu la censure de certaines séquences.

Salinger n’a de sa vie rien lâché sur son vécu ni ses écrits, postérieurs à la parution du Catcher in the Rye. Il emporte avec lui ses secrets dans sa tombe. Il maintient le mystère autour de sa personne et de son œuvre. Le fan continue inlassablement de se poser les questions, comme Shane Salerno dans son documentaire sobrement intitulé Salinger. La possiblité d’un film.

l'attrape-coeurdressez haut la poutre maîtresse, charpentiers

L’Attrape-coeur et Nouvelles, disponibles chez Pocket, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, chez Robert Laffont « Pavillons Poche ».

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Julius Winsome

Posté par Jean-Mi dans Livres le 18-02-2010

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julius_winsomeTouché par une balle, le chien de Julius Winsome agonise longtemps avant de mourir.

L’homme le trouve au bout d’une journée de recherche au fond d’un bois. Julius Winsome ne se faisait plus d’illusion sur l’humanité depuis longtemps, et les conséquences de l’accident sont terribles. Après avoir fait sans succès un appel à témoins dans la ville voisine (à plusieurs dizaines de kilomètres de là), il prend les armes.

Julius Winsome ressort le fusil de son père, que celui-ci avait reçu de son propre père qui l’avait ramené de la Première Guerre en Europe.

Chaque génération avait eu son lot de désabusement, et Julius Winsome en renouvelle l’expérience. En cinquante années de vie, il n’avait jamais oublié l’arme de son grand-père.

Quand tout le monde lui rit au nez, il ressort son fusil, le nettoie, et abat le premier chasseur qu’il voit sur son chemin. Non seulement il déteste les chasseurs dans le fondement, mais ceux qu’il trouve autour de son chalet sont susceptibles d’avoir tué son chien. Si ce n’est pas celui-là, ça peut être un autre.

Et il abat autant de chasseurs que lui reste innocent aux yeux de la population locale.

Ce livre délivre la pensée et les terribles actes de cet homme dans son quotidien. Sans liens autres qu’avec la nature et son chien. Il avait eu une liaison avec une femme, Claire. Elle ne supportait pas sa vie retirée de tout, et elle était partie comme elle était venue.

Elle lui a laissé un chien, Hobbes, devenu la seule compagnie de Julius Winsome. Avec celle des livres. Ces livres qui l’entourent, qu’il tient de son père, qui lui même, probablement, les tenait de son père. On connait la musique.

Au milieu de ses livres dans son chalet quand la présence de son chien lui est enlevée, Julius Winsome éprouve probablement le besoin de se défouler. Il tue parce que l’homme est un loup pour l’homme, comme l’a dit le philosophe Thomas Hobbes, et que son chien aussi s’appelle Hobbes. Ce n’est qu’un juste retour des choses.

Le récit est intense. La solitude piquante et le désespoir de cet homme aride émeuvent.

La magnificence du texte fait oublier la psychopathologie meurtrière de Julius Winsome.

La neige et le froid environnants glacent son cœur et celui de son lecteur. Celui-ci est entraîné sans en avoir conscience, dans la folle beauté des corps qui tombent.

À lire lors d’une météo adéquate, ces jours-ci, après Little Bird et Winter.


Julius Winsome, de Richard Donovan, trad. anglais Georges-Michel Sarotte, éditions du Seuil, Paris, février 2009, 19,50€ (le 18 mars en Points, à 6,50€)

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Guy Debord racheté par la société marchande.

Posté par Manu dans Actu le 17-02-2010

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guydabordGuy Debord, l’heureux auteur de la société du spectacle ou du fameux In girum imus nocte et consumimur igni doit se demander ce qui ne va pas. Lui qui a toujours été conchié dans les sphères politiques et intellectuelles de son vivant (voir les considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici ou encore cette mauvaise réputation) est aujourd’hui autant adulé qu’il à été par le passé détesté. Passons sur les différentes expositions qui devaient lui rendre plus ou moins hommage, au centre Pompidou, entre autres et venons-en à des choses plus actuelles : la vente par Beckher-Ho des archives de l’écrivain situationniste.

L’université de Yale se portait acquéreur de ces quelques manuscrits, lettres et autres écrits qui encombraient depuis plus de quinze ans la maison de la veuve Debord pour quelques millions de dollars. L’État français ne voulant pas voir partir l’un de ses auteurs majeurs se décide à classer le fruit de la vente trésor national et à faire jouer son droit de préemption. Manque de chance, la crise passe par là, c’est pas donné, la nation n’a plus d’argent, la vie est dure et l’on doit se serrer la ceinture, les 200 mécènes invités par la BNF ne sont pas tellement intéressés, que faire ?

Nouvelle idée du ministère de la Culture : un appel au mécénat avec à la clé 90% de réduction d’impôts ! Debord aurait aimé, c’est certain, être racheté par ce qu’il à toujours combattu : la société spectaculaire marchande.

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La meilleure part des hommes de

Posté par Manu dans Livres le 13-02-2010

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tristan garcia la meilleure part des hommesParis n’est pas exclusivement un musée géant, ni un bar à pute. Non, pas seulement, ce fut aussi le théâtre de la communauté gay dans les années 80-90, pour s’effacer lentement mais sûrement les années suivantes. Le quartier mythique du marais n’est aujourd’hui plus qu’un ensemble de bistrots et restaurants pour bobos où se retrouvent les hommes amoureux d’autres hommes. Tristan Garcia veut nous raconter par le biais de quatre personnages d’un milieu révolu l’histoire du véritable Paris gay, celui d’il y a quinze ou vingt ans. Non, le jeune auteur ne l’a pas vécu, mais il est suffisamment renseigné et n’hésite pas, avant même que le livre ne commence à nous avertir : « Les personnages de ce roman n’ont jamais existé ailleurs que dans les pages de ce livre. » mais que s’ils nous semblent pourtant si proche de personnes réelles c’est que « plongés dans des situations parfois comparables, personnes et personnages n’agissent pas autrement. ».
La meilleure part des hommes n’est pas un essai, mais bien un roman de fiction, nous voilà tout de suite rassurés. Nous suivrons Élisabeth, femme travaillant dans les pages cultures de Libé et (trop ?) proche du milieu gay. Elle connaît tous les grands penseurs de la société homosexuelle parisienne : Willy, un jeune paumé qui se fera une joie de détruire ce qui l’a construit ; Dominique, la figure du père pour le jeune Willy et patron d’un certain Stand-Up (hum…) apôtre de la prévention sur le SIDA et enfin l’amant de la journaliste, Leibowitz, ancien gauchiste passé de l’autre côté de la barricade et qui finira par soutenir Chirac puis Sarkozy.
Tristan Garcia ne se concentre que sur les personnages antagonistes de Dominique, le patriarche et de Willy, le jeune fou ne voulant que la destruction des institutions, tout en ne tournant qu’autour de la narratrice. La haine de Willy pour Dominique l’amènera bien entendu à sa perte alors que ce dernier renait de ses cendres. Une épopée qui n’a rien d’original, mais l’intérêt de ce premier roman n’est pas là, les véritables héros ne sont autre que le SIDA et les années folles pour la communauté gaie parisienne. Essayant de nous plonger dans les coulisses d’un milieu, qui — comme tous les milieux — fascine et nous permettant d’accepter une histoire N’AYANT de sens et d’intérêt que par son existence, le lecteur y croit sans réellement être convaincu, un peu comme un reportage sur M6. Nous sommes au plein cœur d’un environnement dur, où tous les coups bas sont possibles, où les gentils sont méchants et où les méchants sont gentils, mais où l’ensemble est totalement cloisonné, où tout le monde est à SA place. La psychologie des personnages n’existe pas vraiment, ils ne sont qu’une fonction : le type qui retourne sa veste, le papa rassurant et garant de la bonne morale et le jeune fou se détruisant tout en brisant les personnes autour de lui. Le sujet avait tout pour plaire, le tout est d’ailleurs plutôt réussi. Ne manque qu’un peu d’éclectisme.
Tristan Garcia choisit pour nous conter cette histoire un rythme rapide, entrecoupé sans arrêt par un chapitrage trop imposant cassant la construction du roman. Le choix n’est pas anodin et renforce le côté télévisuel du roman, nous rappelant que oui, ce livre est une fiction, qu’il ne raconte pas la réalité, comme il nous avait prévenus dès le départ. Reste que ce rythme gâche parfois le récit, nous empêchant de nous y plonger totalement, de ressentir ce qu’éprouvent les protagonistes. Il aurait peut-être été bon de laisser quelques fois l’action brute de côté pour nous émouvoir, pour comprendre, pour nous interpeller.
La meilleure part des hommes est une satisfaisante introduction à un milieu, un de plus, que nous ne maitrisons pas encore, de par sa jeunesse. Mais le récit souffre d’un manque de temps pour que nous y croyions absolument. Un premier roman plutôt agréable dans l’ensemble, mais qui nous laisse une impression d’inachevé et dont le manichéisme est trop important pour en être réellement satisfait. Si vous êtes intéressé par la période et le sujet, vous ne serez surement pas déçu, Garcia vous y promènera et vous prendra par la main pour visiter cet environnement que l’on ne connaît pas.

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Little Bird

Posté par Jean-Mi dans Livres le 30-01-2010

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Little Bird, Craig Johnson

Deuxième vague de froid de l’hiver, et deuxième livre de cette bibliographie exhaustive.

Little Bird est le titre d’un roman policier de Craig Johnson. Une couverture noire, presque satinée, et dans un cadre, une photo en noir et blanc, des plumes d’indien.

Little Bird c’est aussi le nom de famille de la petite Melissa, membre d’une réserve cheyenne dans le Wyoming. Cette jeune fille fut violée par une bande de lycéens blanc du comté d’Absaroka voisin deux ans auparavant. L’affaire avait été suivie d’un non-lieu, les ados s’en étaient tirés à bon compte au tribunal du comté, et mènent une vie paisible. La petite Melissa, elle s’en est moins bien sortie.

Oui mais voilà, au fond d’un ravin, le corps du jeune Cody Pritchard est retrouvé. Partiellement piétiné et bouffé par la faune environnante, le garçon était l’un des coupables du viol collectif.

Traînant sa grasse carcasse hors de son bureau du palais de justice où il admirait un vol d’oies sauvages, le bon vieux shérif du comté arrive sur les lieux. Narrateur de ce roman, Walt Longmire est obèse, tragiquement veuf, et porte un regard aigri et très acide sur ses contemporains et voisins. Une plume de hibou, traditionnellement utilisée chez les cheyennes pour symboliser les rites de mort, est trouvée non loin du lieu du meurtre. Il y a fort à parier que la photo en couverture soit en lien avec cette plume.

La balle extraite du corps de la victime provient d’un tir à longue portée ; tir tout à fait exceptionnel dans les environs, et que seuls quelques bons chasseurs peuvent s’enorgueillir de réussir. C’est le cas, entre autre, de Henry Standing Bear. Lui, c’est le patron d’un bar du coin, et le meilleur ami du shérif. Il est l’ami de tous les instants, présents dès que le besoin s’en fait ressentir, et leurs conversations donnent souvent l’occasion à des joutes verbales pour le plaisir du lecteur. Standing Bear, comme son nom peut l’indiquer, est un indien de la réserve, et aussi l’oncle de Melissa Little Bird.

Revenons en arrière. Le jeune Pritchard a violé la nièce de Standing Bear et n’a pas été puni. Une plume d’indien est retrouvée à côté de son corps. Tout semble clair.

Pourtant, ces preuves déroutent le pauvre shérif, aussitôt parti sur ces pistes, les indices sont démontés. Et il a rencontré une femme. Une femme pour laquelle des sentiments s’installent, ce qui ne s’était pas vu depuis la mort de son épouse quatre ans avant. Une femme qui lui montre qu’il peut être encore aimé. Alors bon, des fois, le travail, il n’en a peut-être plus rien à faire.

L’enquête stagne, tourne en rond dans le comté d’Absaroka, avec quelques incursions dans la réserve cheyenne.

Le froid s’installe sur les Bighorns Mountains. Après les oies volant vers des régions plus chaudes au début du roman, le premier blizzard de la saison est annoncé. Naturellement, Longmire et son acolyte Standing Bear s’y rendent à ce moment de l’histoire. Les éléments météorologiques vont en leur défaveur. D’autres événements liés à l’enquête vont également s’y dérouler.

Ils se jettent dans la gueule du loup. Une fusillade éclate sur les cîmes enneigées en pleine tempête. Il y a des blessés, les secours ne peuvent intervenir, le shérif, épuisé, est seul pour sauver tout le monde. Il aura bien froid là-haut.

Une enquête au rythme trépidant et ce, malgré son ralentissement à un point du roman. Le lecteur est entraîné sur les pas du sympathique et haut en couleurs Walt Longmire et de son équipe d’adjoints un peu bras cassés. On a l’image des pêcheurs à la mouche paisibles au bord des rivières. Les Hautes Plaines sont magnifiques, ses odeurs sont présentes à toutes les pages et le dépaysement est réel, profond.

À lire après Un pied au paradis de Ron Rash, et avant Le gang de la clé à molette d’Edward Abbey, pour se réchauffer au Nouveau-Mexique.

À noter la parution du deuxième volume de la série Walt Longmire chez Gallmeister courant 2010.

Little Bird, de Craig Johnson, éd. Gallmeister, coll. « Noire », trad. Sophie Aslanides, Paris, mai 2009, 23,90€ (le titre original est The cold dish, que l’on peut traduire par « le repas froid » ou « la viande froide », symbolisant également la météo locale ; mais le titre français Little Bird lie le petit oiseau à l’innocence de la jeune Melissa Little Bird, peut-être même l’innocence perdue suite au traumatisme qu’elle a subi ; bref, le débat peut être poursuivi)

Bighorns Mts

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Les pieds dans la boue

Posté par Jean-Mi dans Livres le 29-01-2010

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Les pieds dans la boue, Annie ProulxLes pieds dans la boue est un recueil de plusieurs nouvelles. Toutes ont pour cadre les plaines du Wyoming et pour protagonistes des familles d’agriculteurs. N’oublions pas que ces agriculteurs, ranchers et garçons de ferme, ont été la fierté des États-Unis d’Amérique. Qu’ils ont nourri en bœuf tout un continent pendant des décennies, et sont aujourd’hui relégués au placard de la mémoire collective.

Loin des images d’Epinal du far-west, Annie Proulx, ayant vécu longtemps dans le Wyoming, nous livre une réalité différente d’Hollywood. Des textes très mélancoliques sur la survie d’hommes et de femmes qui tentent de maintenir par tous les moyens un savoir-faire originel transmis par leurs pères.

C’est la fin d’une époque. Les cow-boys dépeints par sa plume dans les années quatre-vingt-dix sont devenus végétariens pour ne plus élever de vaches, font du tourisme pour garder leurs terres. Mais ne prenons pas peur ; la virilité est toujours là, avec toujours le sarcasme propre à l’auteur. Les héros boivent, sa battent, font l’amour.

À l’image de la terrible nouvelle Brokeback Mountain dont le film a été adapté par Ang Lee, deux gardiens de moutons passent un été ensemble dans la montagne et tombent amoureux. Mais dans la violence de leur société des années soixante (aujourd’hui pourtant rien n’a encore changé dans le Wyoming), ils ne peuvent vivre leur union, et pendant vingt années de leur vie, ils vont se perdre, se retrouver, se perdre de nouveau, et picoler, se foutre sur la gueule et baiser.

À placer et lire entre un Méridien de sang de Cormac McCarthy et un Dalva de Jim Harrison.

Les pieds dans la boue, d’Annie Proulx, trad. Anne Damour, éditions LGF Le Livre de Poche, Paris, juin 2009, 6€, ou éditions Rivages, Paris, janvier 2003, 9€ (épuisé).

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Lu ailleurs : métiers du livre et syndicats sont bousculés.

Posté par Jules dans Librairie -edition le 20-01-2010

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Les mutations techniques qu’a vécue la chaîne du livre avec la disparition de certains métiers, la division des taches à certains étages et la concentration à d’autres entraînent aussi des changements dans la stratégie de défense ouvrière. Le Monde dans son édition du 17 janvier rapporte la lutte qui s’opère entre deux courants au sein de la Filpac CGT, ce que certains appellent « Le Syndicat du Livre ». Orthodoxes, partisans de l’existence de la tactique « un syndicat par métier » et rénovateurs, soutiens de Bernard Thibault s’y opposent.
Sur les ouvriers du livre, une référence existe, introuvable en librairie, rare en bibliothèque mais absolument majeure : « Les ouvriers du Livre en France de 1789 à la constitution de la Fédération du Livre » de Paul Chauvet. La bibliothèque municipale de l’école Estienne (paris 13) en possède un exemplaire.

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Un pied au paradis

Posté par Jean-Mi dans Livres le 20-01-2010

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un pied au paradis

Un pied au paradis* est un vrai-faux polar sur fonds de ruralité américaine. En Caroline du Sud, dans une vallée des Appalaches au climat rude, les fermiers vont et viennent dans leurs champs réciproques qui seront bientôt inondés par les eaux du barrage de la compagnie électrique. Les protagonistes ne se parlent que peu, voire pas du tout. Des tensions sont visibles, et nous n’en connaissons que peu les raisons. On soupçonne de vieilles rancœurs, de vieilles histoires de cul pourquoi pas.

Mais lorsque Holland Winchester, jeune vétéran traumatisé par la guerre de Corée disparaît, tout pousse à croire que Billy Holcombe, son voisin, l’ait tué. Premièrement, la mère Winchester avait entendu des coups de feu provenir de la ferme des Holcombe. Deuxièmement, Amy Holcombe, la si douce et si jolie épouse de Billy, semble avoir couché avec le disparu. Plusieurs fois même, et il paraitrait qu’elle ait aimé ça. Et ça, notre ami Billy pourrait ne pas trop le supporter. Et sans compter sur le fait, troisièmement, qu’Amy fut enceinte. Son époux étant de notoriété publique connu pour être stérile, ça fait désordre dans le comté d’Oconee. Et beaucoup d’alibis pour un seul homme, tout gentil qu’il soit.

Dans les années cinquante, les équipes techniques de la police ne sont pas encore développées. Le shérif enquête seul ou presque. Il recherche un corps introuvable ; le dossier est bientôt classé. On a d’autres chats à fouetter.

Après la narration du shérif, c’est au tour d’Amy Holcombe, l’épouse infidèle, de prendre la plume. Elle se fait narratrice, et donne sa version des événements, chamboulant celle du shérif, qui ne devient qu’un personnage secondaire. À sa suite, son mari ajoute de nombreux détails à la situation. Près de vingt années après, le fils lui-même, Isaac, intervient. Il veut déterrer les souvenirs de la vallée et l’eau monte déjà, engloutissant les champs de tabac, et bientôt les maisons vidées de leurs habitants partis vivre en ville. L’adjoint du shérif conclut le roman, conclut l’affaire. Un joli lac, tant attendu, recouvre enfin le passé de la vallée, et avec elle, de solides secrets. 

Publié dans une maison d’éditions de romans policiers, et sous l’étiquette même du policier, Un pied au paradis ne se lit pourtant pas comme tel. La disparition -et le meurtre supposé- de Holland Winchester, ne dessine qu’une illustration de ce qu’il se passe dans le comté d’Oconee. L’enquête s’appuie sur la disparition d’un personnage pour marquer la fin de l’existence d’une vallée entière, et la mort du personnage principal. Les histoires des Holcombe, des Winchester, du shérif et de sa famille ; c’est toute l’histoire des habitants de la vallée, du barrage et de l’âpreté de la vie, qui fait de ce roman une description de la société.

Se démarquant depuis quelques temps du genre whodunit qui a fait ses grandes heures, Le Masque, éditeur de Un pied au paradis, est entré dans le monde du roman noir. Un livre avec une couverture noire et un titre équivoque fait penser à un polar. Si le lecteur s’attend à lire un polar, il sera déçu. Il faut aller bien plus loin.

Ce roman est donc décevant sur le point de l’enquête policière. Il serait en outre très bon s’il était désigné comme une fresque sociale et familiale d’un petit monde rural. La photo de couverture présente l’ambiance très vraie du roman ; sécheresse et désolation mis en avant. Le style d’écriture de Ron Rash, dont c’est là le premier roman, se veut posément poétique, et, surtout, mélancolique. L’imprégnation est totale.

* Un pied au paradis, de Ron Rash, trad. Isabelle Reinharez, éditions du Masque, Paris, août 2009, 19€.

 

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Le froid retrouvé

Posté par Jean-Mi dans Livres le 14-01-2010

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Après avoir essuyé une vague de froid et de neige sans précédent dans mon grand sud, je remise mes chaussettes de ski au fond de mon placard avec le désespoir secret de ne pas les ressortir avant plusieurs semaines ou mois, hors peut-être, de leur fonction première. L’esprit livré à cette période trouble de retour de fêtes et d’attente de remise au travail dans quelques jours, je repense à une œuvre traitant de l’hiver, de son attente et de sa survie.

winter, rick bassRick Bass est surtout connu pour ses récits de fictions, dont récemment, chez Christian Bourgois, La Vie des Pierres, il y a tout juste un an (des nouvelles dont les protagonistes sont confrontés aux misères mais ô combien grandeurs de la nature), Platte River, dans la petite collection « Titres » (trois novellas au cœur de la nature sauvage, dans lesquelles les protagonistes se déchirent et se réunissent), et La Décimation (roman déplorant l’engagement de deux jeunes américains au Texas dans les années 1840, et leur terrible déchéance dans les geôles mexicaines).

Dans Winter*, Rick Bass nous livre une part importante de sa vie ; son premier hiver passé loin du monde, au bout d’un chemin au fond d’une vallée, près de la frontière du Canada. Jeune écrivain, il a passé ses jeunes années, géologue, sur des forages de pétrole au Texas et au Mississippi. Désirant vivre de son écriture, et sa copine de sa peinture, ils décident tout deux de s’installer dans une zone reculée du monde, au fond d’un bois. Traversant les états de l’ouest, ils remontent toujours plus au nord avant d’être recrutés pour le remplacer, par un couple de gardiens du ranch d’un riche type qui ne vient que quelques jours par an.

La vallée du Yaak inspirera l’auteur dans nombre de ses écrits. Elle est l’essence même de son recueil de nouvelles Livre de Yaak, publié par Gallmeister en 2007. C’est un espace vierge où vivent seules trente personnes, bûcherons et chasseurs pour la plupart. À l’arrivée du jeune écrivain fougueux avec ses chiens dans cette baraque perdue en haut d’un chemin, près de la frontière canadienne, l’automne approche vite. Ayant emménagé tard dans l’année, il doit rattraper le temps perdu pour couper tout son bois pour se chauffer tout l’hiver. Il a décidé de ne se faire livrer que le minimum de mazout. Il est prêt à vivre au cœur de la nature.

Chaque jour il en apprend plus sur sa tronçonneuse et sur la survie, et son humour est celui d’un romancier, d’un intellectuel découvrant, en gros, la mécanique et le travail physique. Il se bat contre la nature et contre lui-même, pour être accepté par ses pairs, les villageois, et aussi les élans, les ours, les wapitis, les orignaux, les oiseaux.

Au cœur de l’hiver, quand le blizzard sépare plus encore les humains de cette vallée, les femmes se retrouvent tous les après-midis au Dirty Shame Saloon « centre du village », c’est à dire entouré de quelques maisons, tandis que Rick Bass s’émerveille de cette nature insolente depuis la serre de son jardin emmitouflée sous la neige, contre son poêle et devant sa machine à écrire.

Il écrit au jour le jour la mémoire de cette saison intraitable avec les hommes, il écrit ses difficultés et ses échecs, il écrit les liens étroits avec ses voisins, il écrit ses découvertes et ses joies, il écrit son amour des mélèzes géants et des animaux sauvages qui le regardent par la fenêtre, et surtout, il écrit la révélation de sa part sauvage, la révélation de cette personnalité qu’il savait tapie au fond de lui-même et qui ne demandait qu’à ressurgir.

*(Winter, Rick Bass, éditions Hoebeke, coll. « Le grand dehors », trad. Béatrice Vierne, 1998)

dirty shame saloon

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