juillet 02 2009

« un roman français»  par Frederic Beigbeder

Pour bien des gens, Frederic Beigbeder représente des souvenirs de lecture de quand on était au lycée et ou on commençais à découvrir qu’il y avait une littérature après le XVIIIe siècle. En plus, ça parlait de sexe, de drogues et de putes alors on trouvait ça plutôt cool, et puis dans la suite logique des choses on a découvert d’autres trucs et on a oublié Frederic ( enfin ça s’est passé comme ça pour moi ), Frederic qu’il est de bon ton de considérer comme un « mauvais»  auteur puisque médiatique et bourgeois de Neuilly-sur-Seine et non de Saint-Germain-des-Prés.

Le nouveau roman de Beigbeder donc, qui s’intitule « un roman français»  ( qu’est ce que c’est que ce titre ? ), part de l’experience carcérale qu’a subi l’auteur après avoir été surpris en train de sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture. Claustrophobe, il se renferme en lui même et revient sur son enfance, sur sa relation avec son frère, l’histoire du couple de ses parents et la façon dont tous ces évènements ont façonné l’homme qui se trouve au moment du livre dans un petit cagibi de plexiglas de deux mètres sur deux en compagnie d’un dealer et d’un mec bourré. C’est plutôt bien écrit, on prend plaisir a suivre Frédéric dans l’histoire de sa généalogie dans laquelle on croise nombre de personnages historiques, les passages sur sa relation à son frère et à ses parents sont très justes et sans complaisance, mais on ne manque pas d’afficher un sourire un peu moqueur, un peu dédaigneux lorsque l’écrivain se prend tout à coup pour Victor Hugo pour dénoncer avec verve le système carcéral et judiciaire français, même s’il a parfaitement raison, et malgès un sens de la formule finale qui parfois agace tant on a l’impression que le paragraphe entier ne sert que de présentoir à la phrase de la fin, ‘un roman français’ reste un roman tout à fait honnête avec lequel on passe un bon moment.

juillet 02 2009

Quoi ma gueule ?

Le blog change de tête, si vous avez des avis, bien que je n’en tiendrai pas compte (ou si peu), je vous laisse la parole.

juillet 01 2009

la rentrée littéraire : c’est parti

bernard-wallet1A partir d’aujourd’hui et jusqu’à indigestion totale, je publierai un article tous les jours ( sauf le jeudi soir, j’ai cricket ) à propos d’un livre à paraître au cours de la prochaine rentrée littéraire. Je prend un livre au hasard dans ma petite pile de Services de Presse, et c’est parti.

Aujourd’hui donc, je commence avec BW, de Lydie Salvayre, aux éditions du seuil qui paraîtra le 20 aout prochain.

le sujet du livre, c’est lui, c’est BW, comme l’appelle Lydie à longueur de temps, sans doute par respect pour sa vie privée ( un peu comme dans les livres qui portent des titres genre »  moi, GB, 13 ans, violée par mon oncle»  ) alors qu’on l’identifie dès le premier tiers du livre comme Bernard Wallet, fondateur des éditions verticales. Et il se trouve que notre bon Bernard perd plus ou moins la vue à la suite d’un décollement de rétine, et cela le mécontente quelque peu. Bon. Et comme Lydie, qui est gentille, passe le voir à l’hopital, il se dit ‘tiens, je vais lui raconter mon histoire de quand je suis parti au liban en mob’, et elle ‘tiens justement ça tombe bien je n’ai toujours pas commencé mon livre de la rentrée littéraire prochain’

bon, récapitulons, nous avons en A un éditeur ex champion d’athlétisme ex voyageur ex voyant qui raconte, et en B une écrivaine complètement en admiration face à ce type, qui écrit. Au final cela nous donne un livre relativement indigeste dans la forme puisqu’écrit entièrement à la troisième personne avec un BW majuscule placé toutes les deux phrases ( « BW fait ci, BW fait ça, BW prend un coup de fil, etc.. ) entrecoupé de réflexions de BW qui dit « tu vas le dire ça ?»  et Lydie de répondre « oui BW, je vais le faire»  ( vous voyez, j’ai placé six fois BW en deux lignes et vous en avez marre, eh bien Lydie, elle, place entre quatre et six fois BW par page, pendant 200 pages ), et pour ce qui est du fonds, on suit BW un peu au moyen orient mais de façon anecdotique, on apprend que lorsqu’il est toujours à l’hopital, les éditions verticales continuent de fonctionner ( Oh! ), on apprend ( mais seulement à la fin du livre, parce qu’il faut garder le suspens ) que le père de Bernard Wallet roule en Mobylette, et on s’ennuie tout le temps, on s’attend à un démarage de grande histoire qui n’arrive jamais, ce livre n’est qu’une réunion de deux personnes qui discutent et qui se lancent des petites réflexions et des anecdotes, et qui prennent du plaisir à être là tous les deux, mais pas un gramme de ce plaisir ne parvient jusqu’au lecteur, ce qui est bien dommage, tout de même.

verdict : achetez plutôt un lonely planet sur le liban, et ‘l’édition sans éditeur’ d’André shiffrin.

juin 17 2009

Un peu de pop dans ce monde de brutes

Ils étaient en école de design (on imagine l’emmerdement) et lancèrent un groupe, Talking Heads. De ce groupe connu sortira un producteur à succès, Harrisson. Et le fondateur de Tom Tom Club, Chris Frantz, qui enregistre avec Tina Weymouth un album de pop délirant influencé par toute la musique new-yorkaise du moment. Les titres « Wordy Rappinghood » et « Pleasure of love » sont des succès. « Genius of Love » devient carrèment un tube, repris depuis par Mariah Carey, les Black Eyed Peas et d’autres. Depuis, beaucoup ont oublié Tom Tom Club, alors qu’on les retrouve dans la formation… Gorillaz qui lance depuis un moment un paquet de tubes de qualités. N’hésitez pas à mater les clips sur You Tube ou autre site de partage de vidéos pour une plongée dans cet univers pop. Vous ne vous rappelez plus du code couleur obligatoire pour rentre en boîte à l’époque ? Passez sur le site officiel, http://www.tomtomclub.net/. Nan, c’est pas kitch, c’est… Tom Tom Club.

juin 17 2009

Nuir, nuir, nuir…(Le catastrophisme ne nuit pas…)

Diffusion massive de « Home » de Yann-Arthus Bertrand, percée des écologistes aux dernières élections, maires qui infantilisent leurs administrés pour qu’ils trient, ne crachent pas par terre, roulent en vélo, associations et citoyens alarmés, alarmistes, politiques qui « tirent la sonnette d’alarme ». En 1984, l’Encyclopédie des Nuisances propose un prospectus, récemment repris sur la quatrième de couv de la réédition du Discours préliminaire de l’Encyclopédie des Nuisances : »  Les gémissements écologistes de cette époque ne sont que des sophismes. Demander à l’État aide et protection revient à admettre par avance toutes les avanies que cet État jugera nécessaire d’infliger, et une telle dépossession est déjà la nuisance majeure, celle qui fait tolérer toutes les autres. »  L’actuelle maison d’édition est la suite du travail déployé pour la diffusion de la revue entre 84 et 92, dont le rédacteur le plus connu est Jaime Semprun, bien que Guy Debord y écrit quelques textes (cf ses correspondances et ses œuvres chez Fayard et Quarto). Les textes publiés sont selon les éditeurs, ceux que le système proscrit, car ils disent précisément dans quel monde nous vivons. Le « succès » de la maison est sans aucun doute la traduction d’essais d’Orwell, beaux petits ouvrages à bas prix. Orwell n’est pas là bien sûr par hasard, il était un de ces sceptiques du monde industriel (souvenons du « Quai de Wigan », en particulier du chapitre XII). De nombreuses parutions sont des textes critiques portant sur de nombreux sujets, ainsi Mandosio, Semprun signent des textes sur Foucault, les insurrections algériennes, la novlangue… Quelques « classiques » se glissent çà et là ; Günther Anders, William Morris, Lewis Mumford, Tchouang-Tseu (relisez les !), en plus de petits textes sur Durruti, de Miguel Amoros ou le marxisme, par Kostas Papaioannou. Mais surtout, l’Encyclopédie des Nuisances publie des textes sur l’industrialisation, le monde moderne, avec une vision héritée du marxisme autant que d’un certain romantisme. Ainsi, ils remettent sur le marché Baudouin de Bodinat, Bernard Charbonneau, ainsi que Unabomber, publié sous son vrai nom, Theodore Kaczynski. Quand l’actualité rattrape le groupe, Semprun ou René Riesel prennent la plume et se lancent dans de très féroces critiques du catastrophisme, de l’écologisme sous toute ses formes, qui deviennent « un progrès dans la domestication » (Riesel).

juin 12 2009

Le roi Lebo contre les journaux.

Gerard Lebovici

Gerard Lebovici

Tiens, puisqu’on parle de Situationnisme et de Guy Debord, et qu’il y a quelques temps je vous parlais d’Ivrea, la maison d’édition connue pour être celle de Guy Debord et qui s’appela autrefois Editions Gérard Lebovici et avant la mort de ce dernier Champ Libre. Et bien, sachez que l’éditeur précité déchaîna les passions autrefois. Comment peut-il en être autrement d’un homme qui devint en l’espace de quelques années le plus puissant producteur indépendant du cinéma français, faisant jouer Belmondo, produisant Truffaut et baisant des call-girl tout en jouant au poker dans des tripots clandestins. Ajoutons à tout cela qu’il est éditeur de gauchistes, de terroristes et même d’un recueil de chansons de Renaud Séchan. Une telle infamie aux yeux de la société ne pouvait rester impunie, et c’est lors de son assassinat que la vengeance se prononça. Alors plus rien ne pouvais arrêter les journalistes, qui aujourd’hui adulent Guy Debord et voudraient bien avoir un exemplaire dédicacé de la société du spectacle ou de tout autre livre de Champ Libre, mais malheur à eux, aucun services presses n’étaient alors envoyé car Lebovici les détestaient tout autant qu’ils le déteste.
Pour mieux comprendre la vie et la mort de Lebovici, quelques livres peuvent faire l’affaire (ou l’article sur un site collaboratif dont l’un des contributeurs du blog de Manu à une part dans la piscine du fondateur, Jimmy Walls). Commençons par les deux tomes des correspondances de Champ Libre, où l’on comprend bien que Lebovici aime Debord, et que le style du « gourou » est fortement imprégné en lui, arrêtez vous plus particulièrement sur la lettre à Jean-Patrick Manchette, sûrement l’une des plus méchantes et sur celle pour Bourgois, certainement l’une des plus drôles.
Continuez par lire Tout sur le personnage, passez la première partie qui n’est qu’un résumé rapide de ce que vous venez de lire et lisez avidement la seconde qui reprend les coupures de presses parues lors de l’assassinat du PDG d’ AAA. Vous sentez déjà une certaine haine s’installer, et vous vous demander ce que Guy Debord à bien put répondre à toutes les infamies dont il est accusé.
Et bien, finissez donc par Considération sur l’assassinat de Gérard Lebovici qui répondra à toutes vos attentes, le réalisateur de Hurlements en faveur de Sade démonte juste avant de mourir suicidé ce sur quoi on l’a accusé. Ah, et pour le fun, lisez également Cette mauvaise réputation qui complète un peu ce dernier livre, laissant de côté les journalistes pour s’attaquer aux gens du monde.

juin 11 2009

« Cartarescu» 

OrbitorBeaucoup de lecteurs de littérature dite blanche se tiennent éloignés de la science fiction. Surtout si elle est éditée en poche, sous une couverture d’une couleur étrange (on la nommera « argenté de BMW de dealer des années 90″), ce qui est le cas en folio SF. C’est bien dommage, car cette collection possède une sorte de roman parfait, « Orbitor» . La situation tourne au tragi-comique lorsqu’on sait combien de lecteurs de sf considèrent la littérature classique comme ennuyeuse, et que l’auteur d’» Orbitor»  -il s’agit de Cartarescu- est édité par ailleurs dans la collection de littérature étrangère de Denoël. Il se retrouve donc dans une sorte de situation compliquée ou malgré des prix, en France comme en Roumanie, une diffusion à priori efficace, ben il doit peiner à trouver ses lecteurs. La situation devient vraiment très tragi-comique lorsqu’on sait que cet auteur maîtrise parfaitement son style, entre onirisme et description de villes tentaculaires, littérature de l’éveil et fantastique, avec une pointe d’historicité dans un pays – la Roumanie- jadis rongée par le communisme et encore bien mal au point. Ne vous énervez donc plus lorsqu’un quelconque lecteur typique « bobo de gauche a culture liftee qui ne connait rien a rien tant que ca passe pas dans un de sas mags pour aficionados»  en furie vous expliquera que c’est une honte, qu’on ne fait pas de place à la littérature de l’Est en France et bla et bla.. Dites simplement « Cartarescu» .

juin 11 2009

Ils prirent le maquis

Boris VildéOn approche bientôt de la date d’anniversaire de Boris Vildé. Peut-être est-ce pour cela, et en attendant d’autres événements que les éditions du CNRS ont édité « Des savants dans la Résistance« , autour de la figure de Boris Vildé. Vildé était au réseau du Musée de l’homme, un des premiers mouvement de résistance à l’occupant, bien en avance sur de nombreux groupes et partis. Ce groupe compta aussi Jean Cassou et Germaine Tillion dans ses rangs. Vildé est arrêté an 41 et meurt fusillé en peu après. Ses mémoires sont paru chez Allia.

juin 11 2009

Les lèvres nues…

Les levres nuesCela fait un moment que les situationnistes, particulièrement Debord ont le vent en poupe, assimilés dans un vaste bazar, au punk, au jazz ( ? ), Fluxus ou le Centre Pompidou, (cf « Guy Debord ou la beauté du négatif », Gonzalvez). Du même coup, et parce que c’est aussi certainement la face spectaculaire d’un mouvement d’intérêt plus profond et plus véritable, on voit ressurgir ça et là les noms d’Internationale Lettriste, de Bauhaus Imaginiste…. Des actualités récentes (des expos autour d’Asger Jorn et de Cobra à la Maison du Danemark, une autre à Bruxelles puis à Pompidou encore plus récemment) ont rappelé les liens avec des mouvements contemporains européens. Une autre figure, influente, relativement peu connue fût Marcel Mariën dont l’activité surréaliste a été variée. Son rapprochement avec les lettristes français commence au moment où Nougé, ami de Mariën, instigateur du surréalisme belge rencontre Wolman et Debord à Paris. Nougé, qui, dans ses manière de concevoir l’écriture s’éloignait du surréalisme à la française, nottament en critiquant le sommeil surréaliste. Déjà, Magritte et Mariën, depuis Bruxelles avaient reçu avec enthousiasme le tract « Finis les pieds plats », de Brau, Wolman et Debord condamnant Chaplin. Des échanges épistolaires continueront. En 1954 naît Potlatch, la revue de L’Internationale Lettriste, en même temps que Les lèvres nues de Mariën dans lequel écrit notamment Louis Scutenaire, auteur de la phrase « Vous dormez pour un patron », que les lettristes appellent à écrire à proximité des usines automobiles. Les lèvres nues cesse de paraître en 1958…un an après la fondation de L’Internationale Situationniste. Entre deux, une sorte de mariage intellectuel donnera lieu à des échanges continuels d’articles, de petits services. Par exemple paraissent dans la revue belge l’ « Introduction à une critique de la géographie urbaine » et « Théorie de la dérive » de Debord. Cet échange permettra aussi un éloignement d’avec le mouvement surréaliste français assez centralisé autour de la personne de Breton. En effet, Mariën n’hésite pas un temps à exalter la personnalité de Staline, une sorte de position réaliste qui fût propre notamment à la Résistance belge et à l’héritage qu’elle laisse, contre l’idéalisme trotskiste. Ce stalinisme s’oriente en fait assez vite vers une sorte de position assez farfelue. En 57, Mariën écrit « Quand l’acier fût rompu », roman sur la déstalinisation que Debord saluera franchement. L’ouvrage n’est pas en fait un hommage au petit père des peuples mais un simple bon roman en même temps qu’une dénonciation de l’idéalisme. La part de rire dans ce genre de réalisation ne doit pas être oubliée et la replace dans le contexte de la recherche perpétuelle du jeu qui exista aussi bien chez les situationnistes que chez certains surréalistes. En fait, on retrouve aussi dans Potlatch une sorte de vocabulaire franchement soviétique, provocation typiquement lettriste. La rupture aura lieu en fait sur ce point même, lorsque les surréalistes belges proposeront de signer un tract de soutien au Parti Communiste belge aux lettristes qui ne pourront accepter.
Les lèvres nues est disponible chez Allia. Des numéros se dénichent aussi dans les librairies de la rue Bréa (Paris VI).

juin 08 2009

J’suis snob

Être snob en littérature présente le même intérêt qu’être snob en toute chose. Pas la peine d’avoir lu un ouvrage pour le snober, je parlerais plus bas de livres que je n’ai jamais ouverts, en revanche une bonne connaissance du « livre snob » est primordiale. Vous remarquerez aussi que je ne citerais pas d’auteurs inconnus au bataillon, il faut toujours que le nom évoqué puisse évoquer, afin de faire son effet. Quelques contres exemples avant de commencer pour éviter toute méprise : lire Eudeline à la place de Philippe Manœuvre n’est pas faire acte de snobisme, c’est un parti pris dans le fashion. Belhaj Kacem à la place de Badiou, ce n’est pas non plus du snobisme mais du jeunisme, tout au plus. Enfin Siné Hebdo n’est pas plus snob que Charlie Hebdo car le caca-pipi n’est pas plus snob que le pipi-caca.

Voilà maintenant une petite série d’exemples. Le snob bien sûr bannit Sartre et Beauvoir de sa bibliothèque. Il les remplacera par un contemporain, un hussard, jeune, Kléber Haedens par exemple. Dumas est acceptable, mais Potocki est mieux, Paul Féval à la rigueur. Césaire, c’est désolant, est devenu de la négritude pour le peuple. On lui préférera donc Cheikh Anta Diop, dans la belle collection de poche de Présence Africaine. La Beat Generation est à déserter aussi ; Ginsberg, Gysin et autres Cassady, Dieu que c’est vulgaire. Le seul de ces hippies pouvant satisfaire un snob est Alexander Trocchi, héroinomane patenté, compagnon de route des situs, initiateur du projet Sigma, qui vous permettra en plus de snober dans un grand nombre de discussions, car il fût traducteur entre autres de Mandiargues, d’Obaldia, de Douassot et diffusa (à la criée) Beckett et Henry Miller parmi d’autres.

Mais l’on voit venir un apprenti snob, un Céline à la main et un air fier qui dit « oulala je n’ai pas peur de lire un auteur politiquement incorrect moi, attention ». Petit joueur. Pour couper court à toute discussion, sortez votre histoire de l’armée allemande de Benoist-Mechin, 6 volumes – trois sont déjà épuisés – reliés sous une épaisse couverture en tissu noir juste ornée d’une énorme croix-de-fer gaufrée puis dorée. Édition des années 60 de chez…Albin Michel… Et l’éternel étudiant, fier d’avoir découvert Maspero à 18 carats… Ah ah. Le snob lui préfère Dominique de Roux, un éditeur véritablement à la hauteur du siècle. Il est aussi des gens qui pensent que le nom de l’auteur, s’il est exotique, suffit pour impressionner… Non, ce n’est pas la peine de se la ramener avec un Murakami sous les yeux. Le prodigue Japon nous offre Mishima, classique mais classe, avec une biographie qui est à elle seule un roman d’aventures. L’engouement pour Larsson échappe bien sûr au snob, trop occupé à ressortir du rayon policier « Vamps » de Spinrad ou « Le mystérieux docteur Fu Manchu » de Rohmer. Un vampire maqué avec une tox qui parcourt New York en quête de sang d’accros, des promenades dans les bas-fonds londoniens à la poursuite du « péril jaune », ça ne vous convient pas ? Le snob se tient aussi loin des récentes éditions et rééditions d’Alfred Doblin. La révolution allemande, ça le connaît, il a déjà lu « Les réprouvés » d’Ernst von Salomon, certes écrit de l’autre côté de la barricade, par un corps franc, mais quelle plume ! Il paraît que Calvin intéresse ces temps-ci du fait d’un quelconque anniversaire. Mais pour la classe, ne nous soucions pas de ce réformateur. Il existe une certaine Pléiade, épuisée mais dénichable, les « Commentaires » de Blaise de Montluc, intrépide pourfendeur de protestants et mémorialiste remarquable. Maalouf est le comble du populaire, et sur des sujets comme les Assassins ou Khayyâm, on lira plutôt Vladimir Bartol ou Jean-Yves Lacroix. Laissez par ailleurs Negri, Kundera, Eco à d’autres. Vous cherchez un penseur moderne avec un nom à consonance méditerranéenne ? Jaime Semprun, haut du panier d’une pensée radicale contemporaine. Ses écrits inspirent en plus un tel pessimisme qu’ils vous mettront un iceberg dans le regard, des cernes sous les yeux qui vous donneront un air grave et blasé indispensable au snob.

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