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Les lèvres nues…

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Cela fait un moment que les situationnistes, particulièrement Debord ont le vent en poupe, assimilés dans un vaste bazar, au punk, au jazz ( ? ), Fluxus ou le Centre Pompidou, (cf « Guy Debord ou la beauté du négatif », Gonzalvez). Du même coup, et parce que c’est aussi certainement la face...

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Un déchirement

Posted by Jean-Mi | Posted in Librairie -edition | Posted on 15-11-2011

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Ceux qui détestaient lire ces livres aux lignes composées de cinq mots maximum ne peuvent pas comprendre. Hubert Nyssen avait créé la maison d’éditions Actes Sud à Arles en 1978. Il était né en 1925 et il est mort le week-end dernier. C’était un monument de l’édition française, mais aussi de l’écriture.

Je me souviens de son roman Les déchirements, publié en 2008 dans la très belle collection « Un endroit où aller ». Ce livre parlait de secrets de famille enfouis et qui ressurgissent lorsque son narrateur, Valentin Cordonnier, a plus de soixante ans et vient de perdre son frère. De déchirements il est question dans ce livre, et c’est un déchirement pour le monde du livre, que de savoir Hubert Nyssen décédé.

Découvrez sa vie, son œuvre, sur son site.

Le MOTif aimerait aider la librairie indépendante

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu, humeur | Posted on 14-09-2011

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La révolte des éditeurs et libraires indépendants continue.

Vincent Monadé, président du MOTif (observatoire du livre en Ile de France), expose dans un article paru sur Actualitté, son idée. Il ouvre également le dialogue avec les candidats de 2012 pour s’activer.

Faites un tour sur l’article pour savoir de quoi il en retourne. J’ai la flemme de le synthétiser. En gros, il aime le métier de libraire de quartier, pas celui de boutique en ligne. Il propose, comme Jean-Marc Roberts, de n’aller acheter de livres que dans des librairies dignes de ce nom.

J’ai raté la rentrée littéraire : 2 minutes pour se rattraper

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu | Posted on 07-09-2011

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été très présent pour parler de cette rentrée littéraire. À peine pour venir parler d’un livre dont on n’a pas entendu parler ailleurs. C’est sans doute pour cette raison : on entend trop parler de la rentrée littéraire, partout, pour que je n’ai rien à y ajouter. Si ce n’étaient mes propres critiques à apporter aux livres que j’aurais lu si je n’avais pas eu mieux à lire. J’ai commencé celui de Lydie Salvayre « Hymne », à propos de Jimi Hendrix. Je ne sais pas si le début m’a assez emballé pour lire la suite. J’ai vraiment envie de lire « L’art français de la guerre », « Limonov », « Le Système Victoria », « Tout, tout de suite » et je vais lire « Désolations », peut-être « Courir » et « Kampuchéa ». La lente litanie des romans de la rentrée.

En attendant, sont parues les premières sélections pour les prix Goncourt et Renaudot. Là encore, vous les aurez lues partout ailleurs. Il est de mon devoir dans ce blog de vous donner au moins cette information.

Sont en lice pour le Goncourt :

  • « Les souvenirs », David Foenkinos (Gallimard)
  • « Limonov », d’Emmanuel Carrère (P.O.L.)
  • « Rom@ », de Stéphane Audeguy (Gallimard)
  • « Retour à Killybegs », Sorj Chalandon (Grasset)
  • « Dans un avion pour Caracas », Charles Dantzig (Grasset)
  • « L’Art français de la guerre », Alexis Jenni (Gallimard)
  • « Jayne Mansfield 1967″, Simon Libérati (Grasset)
  • « Un sujet français », Ali Magoudi (Albin Michel)
  • « Du Domaine des Murmures », Carole Martinez (Gallimard)
  • « Des vies d’oiseaux », Véronique Ovaldé (L’Olivier)
  • « Le Système Victoria », Eric Reinhardt (Stock)
  • « Monsieur le Commandant », Romain Slocombe (Nil)
  • « Tout, tout de suite », Morgan Sportès (Fayard)
  • « La belle amour humaine », Lyonel Trouillot (Actes Sud)
  • « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan (JC Lattès)

Pour le Renaudot :

  • « Kampuchea », de Patrick Deville (Seuil)
  • « Un amour de frère », Colette Fellous (Gallimard)
  • « Brut » Dalibor Frioux (Seuil)
  • « Paris en temps de paix », Gilles Martin-Chauffier (Grasset)
  • « Le ravissement de Britney Spears », Jean Rolin (P.O.L)
  • « Assomons les pauvres ! », Shumona Sinha (L’Olivier)
  • « Vers la mer », Anne-Sophie Stefanini (JC Lattès)
  • « Du temps qu’on existait », Marien Defalvard (Grasset)
  • « L’Art français de la guerre », Alexis Jenni (Gallimard)
  • « Jayne Mansfield 1967″, Simon Libérati (Grasset)
  • « Du Domaine des Murmures », Carole Martinez (Gallimard)
  • « Le Système Victoria », Eric Reinhardt (Stock)
  • « Tout, tout de suite », Morgan Sportès (Fayard)
  • « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan (JC Lattès)
  • « Limonov », Emmanuel Carrère (P.O.L)

L’oeil, même non averti, peut remarquer que l’on retrouve sept titres deux fois sélectionnés. Il s’agit là des auteurs les plus chanceux. Le jeu consiste à ne retenir que ces sept auteurs et de deviner lesquels des sept disparaitront le 12 septembre dans les choix du prix Médicis et le 15 dans ceux du Femina. Ne vous inquiétez pas, ils seront au repêchage, dans les derniers prix de la saison ; Décembre, Interallié, Flore, Académie française…

Ce que je peux dire sur ces deux sélections, c’est qu’elles ne m’empêcheront pas de lire d’autres romans. Avis aux amateurs !

Le Seuil s’engage à sauver la librairie indépendante

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu, Librairie -edition | Posted on 04-09-2011

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Scoop ! Le président du Seuil, Olivier Bétourné, a annoncé ce vendredi dans un article au Monde, qu’il fallait sauver les librairies indépendantes.

Une récente analyse du SLF (Syndicat de la Librairie Française, protecteur entre autre de la Loi Lang sur le prix unique du livre) et du ministère de la Culture, révélait que le chiffre d’affaires des librairies indépendantes avait trop baissé depuis 2003. Pourtant, Oliver Betourné, P-DG du Seuil, a conscience qu’en 30 ans les librairies françaises ont moins souffert qu’ailleurs. Grâce, bien sûr, est rendue à MM. Lang et Lindon (respectivement, en 1981, ministre de la Culture sous Mitterrand et patron des éditions de Minuit, qui ensemble avaient créé la loi dite « Lang »). Mais si le livre est sauvé en France à l’inverse des Etats-Unis, c’est au détriment des libraires eux-mêmes, ces petits commerçants pleins encore d’idéaux de gauche, qui essuient toujours les pots cassés, surtout les deux dernières années. Il paraitrait que les libraires ne se paieraient plus, affirme presque M. Betourné. Je ne veux pas paraitre cynique, mais c’est vrai, je confirme ce qu’a dit M. Betourné, les patrons des petites librairies, face à des charges trop élevées, ne se paient que difficilement, et n’embauchent plus de jeunes et dynamiques libraires pour réceptionner les livres et aider les samedis.

Loin de se faire défenseur passif des commerçants du livre, Oliver Betourné déclare qu’il prend les choses en mains. Conjointement à son diffuseur Volumen, il va mettre en place au sein du Seuil,  trois actions immédiates. Scandant un appel aux autres éditeurs de faire comme lui, il rappelle quelle a été l’aventure de la création en 1988 de l’Adelc (Association pour le développement de la librairie de création), par Gallimard, Le Seuil, La Découverte et Minuit, qui aujourd’hui fait encore recette, bon nombre de librairies n’auraient pu s’ouvrir sans elle.

Le Seuil reverra donc les Conditions Générales de Ventes faites aux libraires, pour leur permettre de se payer un peu mieux, une meilleure gestion des flux entre libraires et éditeurs, afin de ne plus faire trop de retours, surcharge de travail pour le libraire et coût énorme pour l’éditeur, de représenter clairement Le Seuil dans ses rayons en gardant un fonds minimum de son catalogue, de mettre en avant les nouveaux auteurs (à ne pas confondre avec le « nouveau roman »…) et ce qu’il appelle curieusement la « littérature de création » (sans doute la vraie littérature, pas les trucs en pile à l’entrée du magasin), et une remise au point des systèmes de commercialisation du livre (peut-être parle-t-il des frais de ports, des coûts des transporteur ? Peut-être veut-il développer les GIE aux quatre coins de Paris et des régions ?)

Rappelons simplement deux choses à mettre face à face dans cet article. Les éditions du Seuil, comme son diffuseur Volumen, appartiennent intégralement au groupe La Martinière. Rappelons que La Martinière s’est fourvoyée récemment auprès de Google, mais c’est une autre histoire. La Martinière, dont nous savons qu’il a eu de gros problèmes pour être accepté lors du rachat du Seuil en 2004 : beaucoup de mécontentements, beaucoup de départs. Nous pouvions nous demander : où vont les éditions du Seuil ? Et pourtant, l’intervention de son P-DG semble lui redresser la tête.

N’oublions pas, pour Le Seuil, qu’il était capable véritablement, d’aider à l’ouverture de librairies, hors Adelc. Il avait en quelque sorte été garant de l’ouverture d’une librairie, en proposant ses fonds de catalogue en dépôt (à savoir, le libraire paye le livre quand celui-ci est vendu) ou avec des échéances de paiement plus qu’alléchantes (à un an, si ma mémoire ne défaille pas). C’était le cas pour une chouette librairie parisienne : La Friche Librairie, rue Léon Frot dans le 11ème, métro Charonne.

Allez-y gaiement, pour sauver la librairie indépendante, et passez-leur le bonjour, à Manu, Marie et Guillaume, de la part de Jean-Michel de Carcassonne.

Pour lire l’article original d’Oliver Bétourné dans Le Monde, cliquez ici.

Rentrée littéraire, scène 1 : Rengaine, de Julien Maret, éd. José Corti

Posted by Jean-Mi | Posted in Librairie -edition, Livres | Posted on 16-08-2011

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Un homme tombe. Il livre ses pensées tout au long de cette chute. Il ne sait s’il tombe dans un tube, dans un tuyau ou dans un trou, il sait juste qu’il tombe.

Avec une intensité rare et une imagination sans faille, le lecteur tombe avec lui, notre chute s’accélère, nous pensons aux mêmes choses que lui et tombons encore, sans être arrêté. Peut-être la chute sera-t-elle stoppée par un matelas ou un sol dur. Auquel cas, cette deuxième proposition serait la meilleure, sans quoi sur un matelas il devrait se laisser mourir de faim. Il n’y a pas à manger dans ce trou ou ce tube. Il y a juste le poids de son corps et le vide, le noir autour de lui, et de quoi réfléchir à ce qu’a été sa vie avant d’entrer dans ce trou. Et pourquoi y est-il entré ? Même à ça, il n’y avait pas pensé. Sans regrets aucun, car le tombeur sait qu’il ne peut pas faire marche arrière. Il s’interroge seulement sur les raisons qui l’ont poussé à se laisser tomber dans ce trou sans fin. Les raisons qu’il a eu de vouloir quitter la surface du monde. Il donne l’impression au lecteur d’être devant un témoignage d’Expérience de Mort Imminente, ces histoires de couloir et de lumière blanche. Dans ce cas contraire pourtant, le narrateur ne fait pas l’expérience de la mort. Seulement de la chute. Il sait qu’il a quitté le monde des vivants, mais il n’entre pas non plus dans le monde des morts. C’est là toute l’ambiguïté de cette chute. Et toute l’ambiguïté de ce très court roman.

Rengaine m’a happé avec lui dans son puits et je ne m’en suis relevé à la fin qu’avec difficultés. Un roman très court, sans doute parce que si elles étaient répétées sur plus de 96 pages, la rengaine lasserait. Avec ce nombre suffisant de pages, comme une nouvelle un peu longue, ou une novella comme le disent nos chers amis américains, il n’en est rien. Le lecteur est fasciné dès le début par cette chute autant métaphysique que physique.

Rengaines, de Julien Maret, éd. José Corti coll. « Domaine Français », parution le 1er septembre 2011, 14,50€

des nouvelles des librairies indépendantes américaines : payer pour assister à la rencontre d’un auteur

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu, Librairie -edition, humeur | Posted on 24-06-2011

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Vue récemment sur le Net, l’info (ici en VO) fait parler d’elle outre-atlantique, mais aussi chez nous, dans le pays du prix unique sur le livre. Quand Amazon, les tablettes et autres e-books augmentent leurs ventes aux États-Unis, les libraires cherchent à diversifier leur offre. Qu’est ce qui donne envie de venir dans une librairie,  puisque je peux acheter les livres sur internet ? Les lectures et signatures d’écrivains.

Aussi, sûres d’elles, les grandes librairies indépendantes (indépendantes = qui ne font pas de ventes en ligne ?) font payer l’entrée dans leur boutique pour rencontrer son auteur préféré. Je dis bien préféré, parce que si je ne connais pas l’auteur, je ne vais pas payer pour le voir. C’est ça aussi qui est bien avec les librairies d’accès libres, je peux faire toutes les rencontres si je veux, même sans connaitre l’écrivain invité, et avoir le choix ou pas d’acheter son livre pour le faire dédicacer.

Ce choix, dans ces librairies américaines, on ne l’a plus. Les plus grandes librairies vendent une carte, que j’imagine fonctionnant avec des unités. D’autres librairies font payer un droit d’entrée de 5$. D’autres font entrer le public contre l’achat du livre. Plus humain ou plus mesquin ? La librairie est un commerce, qui se doit de faire du chiffre pour progresser, d’autant plus, et c’est le cas aux USA,  quand la tendance est plutôt à la baisse. Si faire de la publicité pour son événement n’est pas suffisant, il faut générer une rentrée d’argent supplémentaire. Comme pour les concerts, en fait. Les bars et les salles ont pu faire du fric grâce à la consommation de boissons, mais le jour où la récession ou l’avarice avaient fait atteindre le point critique au public de ne plus venir à des concerts que pour regarder la scène sans prendre de boisson au bar, il a fallu le faire « participer aux frais », comme ils disent. La raison n’est pas la même pour les librairies, quoique proche.

En France, les libraires indépendants vont-ils faire la même chose ? On nous répondra : « mais non, en France le prix unique défend les petits libraires ». Oui, rétorquerai-je, mais certains s’intéressent déjà, pourtant, à installer des bornes de rechargement de vos livres électroniques. Comme quoi, on peut espérer que la FNAC ne vende bientôt plus que du livre numérique, en vente sur internet et dans leurs magasins à côté des caisses, et rester tout de même sur ses gardes. Les livres papier seront bien gardés et nos libraires pourront dormir sur leurs deux oreilles derrière leurs piles de bouquins à retourner.

Il y a quelques années, je faisais une formation professionnelle pour apprendre les techniques de la librairie (oui, oui, il y en a, le libraire ne fait pas que dormir derrière ses livres). Cette formation se concluait par l’écriture d’un mémoire, dont le mien portait sur la question de la rentabilité des rencontres d’auteurs dans la librairie où j’effectuais mon apprentissage (Mots et Cie à Carcassonne, 35 rue Armagnac, entre l’église Saint-Vincent et la place Carnot).

L’analyse soulignait le fait que les rencontres, pour être rentables, nécessitaient un travail de longue haleine du libraire (Mehdi, que je salue). Car en amont du nombre des ventes lors de l’événement, découlant de l’affluence pour cette rencontre, la connaissance du livre et sa mise en avant – pile bien en vue, coup de cœur, petit résumé critique et conseil, étaient nécessaires, en parallèle à la publicité sur le-dit événement, et parfois pendant plus de six mois avant la celui-ci, avant même que l’on ne parle de faire venir l’auteur. Ainsi, lorsqu’il vient il a la joie de rencontrer une foule de spectateurs (parfois jusqu’à une trentaine lorsque le livre a plu). Les clients ont peut-être déjà, en majorité, lu, donc acheté le livre, et c’est un cadeau, en quelque sorte, que leur fait le libraire, en faisant venir leur auteur préféré. Doit-on payer pour un cadeau ?

La solution face à la crise du livre numérique et face aux péages des entrées des librairies, je l’ai donnée. C’est simplement faire un travail de libraire. Avis.

Adieu Jorge Semprun

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu | Posted on 08-06-2011

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Membre de l’Académie Goncourt, Jorge Semprun est mort mardi à 87 ans après une vie que l’on peut qualifier de tumultueuse.

Ceux qui ont parcouru son œuvre en parleraient mieux que moi, mais c’est un homme d’une imposante stature qui s’en est allé. Né au début du XXème siècle en Espagne, il la fuit en 1939 pour les raisons que l’on devine, avec une famille telle que la sienne, républicaine jusqu’au bout des ongles. C’est à Paris qu’il se réfugie et à Buchenwald qu’il est envoyé en 1943 parce qu’il jouait à la politique avec le parti communiste et les FTP.

Au début des années ’60 il est exclu du PC espagnol et commence à écrire le récit de sa vie. Elle ne s’arrête pas là sa vie, il écrit des scénarios pour le cinéma, reprend la politique dans les années ’80, entrant au gouvernement socialiste espagnol, entre dans le comité Goncourt. Il est devenu l’un des représentants de ces écrivains ayant décrit la déportation dans leur œuvre.

Je vous renvoie à l’article plus complet de Rue89.

Enfin : la lettre de refus des libraires aux éditeurs pour leurs livres pourris

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu, Librairie -edition | Posted on 03-06-2011

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Si le libraire lambda doit craindre une chose parmi de nombreuses autres dans l’exercice de ses fonctions, c’est bien la merde qu’il reçoit à l’office en ouvrant ses cartons.

Pour réussir, enfin, à s’en débarrasser sans avoir recours au retour mange-monnaie, il suffit de copier-coller cette lettre-type écrite par l’écrivain Nicolas Ancion et pastichant les lettres de refus des éditeurs aux écrivains, ci-dessous, et de l’envoyer à(aux) l’éditeur(s) de son choix.

Madame, Monsieur,

J’ai bien reçu les ouvrages de votre rentrée littéraire et je vous en remercie.

Le comité de lecture de notre librairie s’est penché sur vos différents titres et, malgré les qualités indéniables de fabrication (noter ici quelques arguments flatteurs pour l’éditeur), nous sommes au regret de vous informer que vos livres ne correspondent pas à la ligne éditoriale que défend notre magasin. Ils ne pourront donc trouver place sur nos rayonnages.

Ceci n’est en aucun cas un jugement de valeur sur votre travail d’éditeur mais la simple expression d’un choix propre et forcément partial. Nous resterons bien entendu attentifs à vos futures publications.

Étant donné le nombre de titres que nous recevons à la librairie, nous ne sommes pas en mesure de renvoyer tous les livres à leur éditeur. Votre caisse de livres a reçu le numéro XXXX. Elle sera conservée en réserve pendant trois semaines à dater de l’envoi de cette lettre. Durant cette période, il vous est loisible de venir la récupérer sur place. Passé ce délai, ces livres seront détruits ou donnés à de bonnes œuvres.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses.

Applaudissons l’audace et le culot de Nicolas Ancion, dont voici le lien de l’article original.

Nicolas Ancion, chez Pocket : Les ours n’ont pas de problèmes de parking, Écrivain cherche place concierge, Quatrième étage et Nous sommes tous des playmobiles, aux editions Luc Pire : L’homme qui valait 35 milliards, aux éditions Dis voir avec Killofer : L’homme qui refusait de mourir

Blackbird, l’oiseau noir de l’auto-édition

Posted by Jean-Mi | Posted in Librairie -edition, Livres | Posted on 25-05-2011

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À sa parution, la BD Blackbird de Pierre Maurel a caracolé plusieurs semaines dans les 10 meilleures ventes BD indépendante du site de la FNAC. Longtemps avant, je m’étais promis de venir poster sur la formidable aventure qu’a été Blackbird. D’abord publiée en fanzines auto-produits au nombre de 6 volumes, elle est sortie le 15 avril en album cartonné (très joli objet au demeurant), par l’éditeur de bande dessinée du moment, L’Employé du Moi.

Il était convenu avec Manu, administrateur de ce blog, de ne pas parler de bande dessinée, ce vile sous genre de la littérature, que la majorité des libraires sous-affectionnent. Je me suis permis à quelques reprises de le mentionner, quand l’occasion se présentait, un coup de cœur ou une envie pressante. Aussi, excuse-moi Manu, je vais une nouvelle fois tromper ton autorité.

Si je trouve Blackbird digne d’intérêt, c’est parce qu’elle (le féminin de bande-dessinée) ou il (le masculin de roman graphique) mentionne en premier lieu la loi Lang et le prix unique du livre, que tous les libraires aiment parce qu’elle permet de maintenir leurs boutiques à flots. Pas bête, comme accroche, mais il manque une problématique. C’est simple. Trop simple ? Je n’espère pas. Je ne suis pas seulement un libraire qui espère un jour être indépendant, je suis aussi et surtout un client de ces librairies qui défendent une sélection d’assortiment propre à elles, et avec passion.

Le problème dans Blackbird, c’est que la loi sur le prix unique du livre est abrogée. L’histoire se passe aujourd’hui pourtant, ou juste demain. C’est une forme d’anticipation proche. Très vite, et c’est ce qui va intéresser les héros de Blackbird, l’auto-édition est interdite. Toute parution d’objet papier doit passer par les mains de l’État censeur. Un collectif d’auteurs de fanzines – le fanzine s’appelle lui-même Blackbird – mise en abîme de l’auteur Pierre Maurel ? Il nous y répondra, je l’espère, bientôt – se révolte contre cette loi, et continue coûte que coûte à publier.

Au fil des numéros de Blackbird – le Blackbird que l’on tient entre nos mains, comme le Blackbird de fiction – des choix vont se faire. Celui de continuer à s’auto-publier n’est pas sans risques. L’un des membres prend la voie, pas si facile, de la sûreté, et sera publié par une maison de micro-édition. Lâche, traitre ? Est-il paranoïaque ? Toujours est-il qu’il va se détester, et continuera de défendre, avec d’autres armes, et passivement, certes, l’auto-édition.

Les autres seront fliqués par les boutiques de photocopies, et devront voler des imprimantes, photocopieuses et toners d’encre pour continuer. Progressivement, ils vont devenir des hors-la-loi, et se cachent.

Dans un style épuré, réaliste et un brin sauvage, à l’encre noire, le dessin est structuré en 3 bandes de 2 cases par page, éclatées ou parcellarisées souvent, donnant le détail de l’action. Le récit est construit linéairement, de l’adoption de la loi à l’action directe, et le lecteur plonge dans le quotidien des citoyens en marge de leur cité.

Ébahi – et néanmoins surpris par la tournure des événements, une petite loi de rien du tout qui va en entraîner d’autres, agissant tel un rouleau compresseur sur la population – le lecteur s’enthousiasme lors d’entartages de députés, se régale devant les courses-poursuites en skate, et vibre à l’unisson avec les auteurs qui, ne perdant pas espoir, distribuent clandestinement leur fanzine, et continueront toujours. Nous gardons espoir.

Coup de chapeau à cet excellent roman graphique !

Blackbird, de Pierre Maurel, éd. L’Employé du Moi, Bruxelles, avril 2011, 128 pages, 14,90€

le blog de Pierre Maurel

L’indien blanc, Craig Johnson, 1ère partie

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 22-05-2011

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L’indien blanc, c’est le titre de la troisième aventure du shérif Walt Longmire, comté d’Absaroka, Wyoming, déjà rencontré dans Little Bird. L’indien blanc, c’est un faux indien mais un vrai blanc, vivant à Philadelphie de petits coups. Le lien qui unit Longmire à L’indien blanc ? La fille du shérif, Cady, avocate à Philadelphie.

Quand l’acolyte du shérif Henri Standing Bear – celui-là vrai indien – doit faire une exposition de photos sur les indiens du Nord-Ouest dans la métropole de la Côte Est, il est accompagné de Walt qui va en profiter pour voir sa fille. À peine arrivé, il n’a pas encore posé ses valises, que sa fille chérie est agressée en rentrant du travail. Elle reste dans le coma, veillée par son père, et, à tour de rôle, par tout l’entourage de la famille à Philadelphie, et seul le chien de Walt n’ira jamais à l’hôpital.

Un duo de flics est chargé de l’enquête et, quoique s’en empêchant, le shérif sorti de sa juridiction, va empiéter sur leurs plate-bandes. Il avait pris son revolver pour faire du tir sportif au club de sa fille (eh oui ! on est aux États-Unis). Accompagné par la Nation Cheyenne, surnom affectué dont est doté Standing Bear, le shérif Longmire commence par retrouver le fiancé de sa fille, avocat lui aussi, qui aurait trempé dans des affaires de drogues. Le soupçonnant d’être l’auteur de l’agression, le shérif et l’indien le terrorisent, le menacent, et le soir-même, le jeune avocat est retrouvé mort, jeté d’un pont sur la chaussée.


Tout va vite, trop vite pour les deux compères de l’ouest. Troublé par tout ça, le shérif délaisse son chapeau de cow-boy pour une casquette de l’équipe de base-ball des Phillies. Pour ne pas changer ses habitudes, il se retrouve autant à l’hôpital pour veiller sur sa fille que pour panser ses blessures, après s’être rompu le cou, fait passer à tabac et pris une balle. L’attente occasionnée, tant par ses blessures que par les incertitudes à propos du coma de Cady, le rend impatient face à des énigmes tendues par un mystérieux messager, qui pourtant cherche à l’aider.

Il rencontre Lena, une belle femme de 60 ans à peine. Elle est la mère de Vic, l’adjointe du shérif, restée à Durant, WY. Lena, quoique mariée à un flic, chanteur d’opéra à ses heures perdues, fait visiter la ville à Walt et le séduit… Veuf depuis peu, il a toujours eu des rapports très difficiles avec les femmes depuis lors. Dans Little Bird, sa première aventure amoureuse depuis le décès de sa femme, termine en eau de boudin… Avec la naïveté d’un adolescent découvrant ses premiers émois amoureux, il se laisse attirer par la belle Lena. Pourtant, à la maison, il a laissé son adjointe Vic, fille de Lena, avec quelque chose entre eux deux, quelque chose d’imperceptible et qu’ils ne peuvent encore percer à jour, la faute à leurs rapports professionnels. Si Lena et Walt avaient eu toutes leurs chances, c’était sans compter sur l’arrivée de Vic, qui déboule comme une furie – elle est surnommée La Terreur par sa mère – et les sépare bien malgré Lena.

On le voit tout de suite, que Vic et Walt avaient dès le début toutes leurs chances. Lui est un obèse et vieux shérif désabusé, qu’on imagine volontiers boutonneux et boiteux, pourquoi pas, quand elle est une jeune flic très canon d’origine italienne. Ils ont donc tout pour aller ensemble, n’est ce pas ? Mais ça fait partie du jeu, le vieux croûton, parce qu’il est viril avec son gros flingue, va se taper la jeune et sexy fliquette. Une analyse des codes du polar américain contemporain de ce genre donneront lieu à la 2ème partie de cet article. Je tenterai d’y faire une approche comparative des œuvres de « classiques » de la littérature policière contemporaine (pour l’instant, seuls James Lee Burke et James Crumley sont à « l’étude »), avec celle de Craig Johnson.

Mais ce n’est pas le plus important, L’indien blanc est un roman très drôle. On ne peut pas s’empêcher de sourire, comme devant un vieux Chaplin, vu et revu, de lire les aventures des deux ploucs de l’Ouest arrivant dans la grande ville. Quand ils se retrouvent embarqués dans plusieurs meurtres liés à un sombre trafic de drogues et à des avocats véreux, on se dit qu’ils en font un peu trop. Mais la sincérité des émotions livrée par l’auteur à travers le narrateur est telle qu’on y croit. On se laisse embarquer à fond de train, entre deux goulées de whisky et deux canettes de bière, à jouer aux gendarmes et aux voleurs.

L’indien blanc, de Craig Johnson, éditions Gallmeister, coll. « Noire », trad. Sophie Aslanides, Paris, avril 2011, 23€, et Little Bird, en coll. « Totem », Paris, avril 2011, 10€

Récemment, aux éditions Gallmeister, un autre très bon roman (d’après les critiques, et parce que j’en ai lu les premiers chapitres), entre polar et nature writing, Le Signal, de Ron Carlson, qui mérite bien ici une mention.