3
L’auteur Cormac McCarthy, coulant ses vieux jours à Santa Fe, se débarrasse actuellement de sa vieille machine à écrire acquise il y a 45 ans dans un dépot-vente et avec laquelle il écrivait encore hier. Il voit aussi son œuvre littéraire adaptée au cinéma avec La Route (sortie hier mercredi, j’espère mieux que l’adaptation plus ancienne d’un autre de ses romans, avec Matt Damon et Penelope Cruz).
J’ai enfin trouvé le moment dans l’actualité pour parler des romans de McCarthy que j’ai lus. Méridien de sang, Des villes dans la plaine, et De si jolis chevaux. (et La Route, mais n’en parlons plus)
Je retrouvai dans Méridien de sang ce style qui m’avait laissé pantois dans La Route lorsque je l’avais lu à sa sortie et étais resté tellement scotché dessus que je n’en avais pas continué la lecture. D’abord perdu au milieu des phrases longues et syncopées de Méridien de sang, je me laissai bientôt porter par le courant et dérivai avec son héros, un garçon de quatorze ans dans l’ouest sauvage. Cet ouest sauvage est important. C’est celui de l’après-guerre entre les Etats-Unis et le Mexique, et l’extension de la mythique frontière de l’Ouest. Les lois n’ont alors rien à voir avec celles de Washington.
Le garçon est déjà un cow-boy, et ne ressemble en rien à ceux d’Annie Proulx ou de Percival Everett dont j’ai précédemment fait mention. On est à l’origine du cow-boy, bien dans son époque, 1850 ; des vagabonds haineux envers les sauvages indiens et les pourchassant.
Le petit cow-boy s’est enfui de chez lui et est entraîné dans une bande de soldats loqueteux derrière le capitaine Glanton et le Juge Holden, deux personnages pour le moins les plus étranges. Ces gens aiment l’action, et le jeune mec apprend à l’aimer en la vivant avec eux intensément.
On se fout du pathos du personnage. Chez McCarthy, on observe, on juge, on se dégoûte et on gerbe devant tout ce sang. Des faits, rien que des faits. On ne sait pas à quoi pensent les héros. On préfère ne pas savoir. Des mecs qui reviennent de la guerre déçus par la vie, qui pour passer leurs nerfs, pourchassent les indiens dont les scalps remis aux autorités leur font gagner leur vie.
Allant au bout de leur course, les mecs de Glanton repoussent la frontière et entrent au Mexique lorsqu’une halte dans une petite ville où ils sont d’abord accueillis, termine vite en orgie et en meurtres. Ces braves hommes viennent de traverser le désert et de massacrer des peaux-rouges. Aussi, de retour dans la civilisation, assoiffés et affamés, ils se déchainent, et l’alcool local n’aide pas à rester calme. Ils font des ravages dans le bordel et quand son entrée leur devient interdite, nos braves hommes entrent dans les maisons et violent les femmes et tuent les pères et époux qui se mettent en travers de leur chemin. Chassés de la ville, puis du Mexique, ils seront alors pourchassés par les Mexicains.
Les personnages doivent faire face à la cruauté en usant de plus de cruauté encore. La tension est telle que je me suis demandé où allait-ce s’arrêter. La violence dont font part les personnages est presque insoutenable et pourtant, grâce à l’écriture poétique de McCarthy, se laisse lire.
L’utilisation, à la place des virgules, de la conjonction « et », fabriquant des phrases-paragraphes chargées en détails, m’a fait entrer dans une ronde hypnotique, comme tout lecteur.
D’après ce que j’ai lu, le roman est aussi chargé en références bibliques ; et malgré mon éducation religieuse chrétienne, ma culture n’était pas suffisante pour en comprendre suffisamment les sens cachés. Mon voisin Khalil, avec qui j’ai souvent de grandes discussions de palier sur les divers sujets de la création du monde et de la création d’un dieu, serait là pour attester ce que je dis.
Néanmoins, pour en revenir à Méridien de sang, la lecture de ce roman a été comme un tourbillon dans lequel plus j’avançais, plus je me noyais et me perdais, et m’émerveillais de passages magnifiques, dont l’un que j’aurais aimé retranscrire ici mais le prêt du-dit livre à Monsieur Michaël m’en empêche. J’y remédierai, ou vous le ferez en protestant auprès du-dit collaborateur.
En attendant, voici un extrait trouvé sur paperblog.fr, pour terminer :
« Les flammes se tordaient au vent et les braises pâlissaient puis s’assombrissaient puis pâlissaient encore puis s’assombrissaient comme la pulsation sanguine d’une chose vivante gisant éviscérée sur le sol devant eux et ils contemplaient le feu qui contient en lui quelque chose de l’homme lui-même tant il est vrai que sans lui l’homme est diminué et coupé de ses origines et comme exilé. Car chaque feu est tous les autres feux, le premier feu et le dernier feu qui sera jamais. »












c’est peut-être encore un peu long, mais il y a tellement à dire.
et encore, j’ai découpé, sinon, il y avait aussi de quoi dire sur les autres romans. mais j’attendrai.
Je viens de commencer « Le grand passage » après avoir lu l’année dernière « La route ». Je retrouve dans les premières pages vos impressions sur « Méridien de sang » : violence, la ronde des « et », le grand Ouest, etc.
le grand passage est le deuxième du triptyque commencé avec De si jolis chevaux et terminé avec Des hommes dans la plaine. J’ai lu ces deux romans et dois terminer Le grand passage pour conclure les trois. Je publierai un article-fleuve pour témoigner de cette beauté.