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J’suis snob

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 08-06-2009

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Être snob en littérature présente le même intérêt qu’être snob en toute chose. Pas la peine d’avoir lu un ouvrage pour le snober, je parlerais plus bas de livres que je n’ai jamais ouverts, en revanche une bonne connaissance du « livre snob » est primordiale. Vous remarquerez aussi que je ne citerais pas d’auteurs inconnus au bataillon, il faut toujours que le nom évoqué puisse évoquer, afin de faire son effet. Quelques contres exemples avant de commencer pour éviter toute méprise : lire Eudeline à la place de Philippe Manœuvre n’est pas faire acte de snobisme, c’est un parti pris dans le fashion. Belhaj Kacem à la place de Badiou, ce n’est pas non plus du snobisme mais du jeunisme, tout au plus. Enfin Siné Hebdo n’est pas plus snob que Charlie Hebdo car le caca-pipi n’est pas plus snob que le pipi-caca.

Voilà maintenant une petite série d’exemples. Le snob bien sûr bannit Sartre et Beauvoir de sa bibliothèque. Il les remplacera par un contemporain, un hussard, jeune, Kléber Haedens par exemple. Dumas est acceptable, mais Potocki est mieux, Paul Féval à la rigueur. Césaire, c’est désolant, est devenu de la négritude pour le peuple. On lui préférera donc Cheikh Anta Diop, dans la belle collection de poche de Présence Africaine. La Beat Generation est à déserter aussi ; Ginsberg, Gysin et autres Cassady, Dieu que c’est vulgaire. Le seul de ces hippies pouvant satisfaire un snob est Alexander Trocchi, héroinomane patenté, compagnon de route des situs, initiateur du projet Sigma, qui vous permettra en plus de snober dans un grand nombre de discussions, car il fût traducteur entre autres de Mandiargues, d’Obaldia, de Douassot et diffusa (à la criée) Beckett et Henry Miller parmi d’autres.

Mais l’on voit venir un apprenti snob, un Céline à la main et un air fier qui dit « oulala je n’ai pas peur de lire un auteur politiquement incorrect moi, attention ». Petit joueur. Pour couper court à toute discussion, sortez votre histoire de l’armée allemande de Benoist-Mechin, 6 volumes – trois sont déjà épuisés – reliés sous une épaisse couverture en tissu noir juste ornée d’une énorme croix-de-fer gaufrée puis dorée. Édition des années 60 de chez…Albin Michel… Et l’éternel étudiant, fier d’avoir découvert Maspero à 18 carats… Ah ah. Le snob lui préfère Dominique de Roux, un éditeur véritablement à la hauteur du siècle. Il est aussi des gens qui pensent que le nom de l’auteur, s’il est exotique, suffit pour impressionner… Non, ce n’est pas la peine de se la ramener avec un Murakami sous les yeux. Le prodigue Japon nous offre Mishima, classique mais classe, avec une biographie qui est à elle seule un roman d’aventures. L’engouement pour Larsson échappe bien sûr au snob, trop occupé à ressortir du rayon policier « Vamps » de Spinrad ou « Le mystérieux docteur Fu Manchu » de Rohmer. Un vampire maqué avec une tox qui parcourt New York en quête de sang d’accros, des promenades dans les bas-fonds londoniens à la poursuite du « péril jaune », ça ne vous convient pas ? Le snob se tient aussi loin des récentes éditions et rééditions d’Alfred Doblin. La révolution allemande, ça le connaît, il a déjà lu « Les réprouvés » d’Ernst von Salomon, certes écrit de l’autre côté de la barricade, par un corps franc, mais quelle plume ! Il paraît que Calvin intéresse ces temps-ci du fait d’un quelconque anniversaire. Mais pour la classe, ne nous soucions pas de ce réformateur. Il existe une certaine Pléiade, épuisée mais dénichable, les « Commentaires » de Blaise de Montluc, intrépide pourfendeur de protestants et mémorialiste remarquable. Maalouf est le comble du populaire, et sur des sujets comme les Assassins ou Khayyâm, on lira plutôt Vladimir Bartol ou Jean-Yves Lacroix. Laissez par ailleurs Negri, Kundera, Eco à d’autres. Vous cherchez un penseur moderne avec un nom à consonance méditerranéenne ? Jaime Semprun, haut du panier d’une pensée radicale contemporaine. Ses écrits inspirent en plus un tel pessimisme qu’ils vous mettront un iceberg dans le regard, des cernes sous les yeux qui vous donneront un air grave et blasé indispensable au snob.

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Commentaires (5)

word.

C’est beau, Jules !

Magnifique !

Le comble du snobisme, vous avez raison, c’est de citer du Haedens, le royaliste, secrétaire de Charles Maurras ayant eu le bon goût d’avoir écrit dans les pires torchons nationalistes et antisémites d’avant-guerre avec ses amis de toujours, Brasillach, Rebatet et Béraud.
Mais il y a plus fort !
Quand le maire d’une ville, au nom de l’anticonformsime de droite baptise un collège ultra-moderne du nom de l’auteur de son livre de chevet : Kleber Haedens (1913-1976). Là, c’est fort, très fort.
Il en est devenu député européen UMP, dimanche 7 juin 2009 …
En savoir +
http://lagarenne-colombeslebuzz.blogs.courrierinternational.com/
Amitiés

En effet, kleber haedens fût une belle ordure et la décision de donner son nom à un collège provoqua une -petite- polémique.
Notons tout de même qu’il n’est pas le seul dans cette liste qui n’est en effet pas un rendez vous de progressistes. On ne présente plus l’antisemitisme et le collaboriationisme de celine, qu’il serait pourtant dommage de se priver de lire. j’evoque aussi benoist mechin, a cote de qui celine fait figure d’ardent defenseur de la democratie. Mishima fut lui le createur d’une bande de joyeux drilles qui se voulaient « garde imperiale » et partaient en rando armés jusqu’au dents tout les week end en vue d’une quelconque révolution anti-démocratique. Les assassins, ah. si l’étymologie du mot français rappelle une activité tout à fait sympathique, le nom évoque tout de même quelques pratiques … rock dirons nous… Passons au cas Sartre, grand défenseur de régimes à la pointe de la démocratie, où être intellectuel voulait probablement vraiment dire quelquechose. Notre star nationale de la pensée fut aussi l’ardent défenseur de sectes maoistes mortiferes qui furent de veritables centres de formations pour nos actuels dirigeant s de la presse et de la tele, pour quelques cadres et personnalites du ps et de l’ump, quand ce n’est pas tout simplement du medef. Pour certains, souvent les vrais prolétaires qu’ont compté ces groupes, l’atterissage fut plus rude, prison, misere ou mort. Il est vrai que ce n’est pas un destin d’intellectuel germano-pratin qui n’alla en fait jamais au charbon defendre la cause tant aimée…dominique de roux tapa dans l’originalite, on le retrouve en angola, aupres de savimbi le dirigeant de l’unita, une bande de rigolos subventionnés. blaise de montluc, sort de machine à tuer tout ce qui etait de pres ou de loin protestant. ernst von salomon est en quelque sorte son concurrent du xx eme siecle avec un net avantage; l’invention de la mitraillette. sa phobie se portait sur les communistes et les francais. il finit par assassiner un minstre en pleine rue.

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