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Le froid retrouvé

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 14-01-2010

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Après avoir essuyé une vague de froid et de neige sans précédent dans mon grand sud, je remise mes chaussettes de ski au fond de mon placard avec le désespoir secret de ne pas les ressortir avant plusieurs semaines ou mois, hors peut-être, de leur fonction première. L’esprit livré à cette période trouble de retour de fêtes et d’attente de remise au travail dans quelques jours, je repense à une œuvre traitant de l’hiver, de son attente et de sa survie.

winter, rick bassRick Bass est surtout connu pour ses récits de fictions, dont récemment, chez Christian Bourgois, La Vie des Pierres, il y a tout juste un an (des nouvelles dont les protagonistes sont confrontés aux misères mais ô combien grandeurs de la nature), Platte River, dans la petite collection « Titres » (trois novellas au cœur de la nature sauvage, dans lesquelles les protagonistes se déchirent et se réunissent), et La Décimation (roman déplorant l’engagement de deux jeunes américains au Texas dans les années 1840, et leur terrible déchéance dans les geôles mexicaines).

Dans Winter*, Rick Bass nous livre une part importante de sa vie ; son premier hiver passé loin du monde, au bout d’un chemin au fond d’une vallée, près de la frontière du Canada. Jeune écrivain, il a passé ses jeunes années, géologue, sur des forages de pétrole au Texas et au Mississippi. Désirant vivre de son écriture, et sa copine de sa peinture, ils décident tout deux de s’installer dans une zone reculée du monde, au fond d’un bois. Traversant les états de l’ouest, ils remontent toujours plus au nord avant d’être recrutés pour le remplacer, par un couple de gardiens du ranch d’un riche type qui ne vient que quelques jours par an.

La vallée du Yaak inspirera l’auteur dans nombre de ses écrits. Elle est l’essence même de son recueil de nouvelles Livre de Yaak, publié par Gallmeister en 2007. C’est un espace vierge où vivent seules trente personnes, bûcherons et chasseurs pour la plupart. À l’arrivée du jeune écrivain fougueux avec ses chiens dans cette baraque perdue en haut d’un chemin, près de la frontière canadienne, l’automne approche vite. Ayant emménagé tard dans l’année, il doit rattraper le temps perdu pour couper tout son bois pour se chauffer tout l’hiver. Il a décidé de ne se faire livrer que le minimum de mazout. Il est prêt à vivre au cœur de la nature.

Chaque jour il en apprend plus sur sa tronçonneuse et sur la survie, et son humour est celui d’un romancier, d’un intellectuel découvrant, en gros, la mécanique et le travail physique. Il se bat contre la nature et contre lui-même, pour être accepté par ses pairs, les villageois, et aussi les élans, les ours, les wapitis, les orignaux, les oiseaux.

Au cœur de l’hiver, quand le blizzard sépare plus encore les humains de cette vallée, les femmes se retrouvent tous les après-midis au Dirty Shame Saloon « centre du village », c’est à dire entouré de quelques maisons, tandis que Rick Bass s’émerveille de cette nature insolente depuis la serre de son jardin emmitouflée sous la neige, contre son poêle et devant sa machine à écrire.

Il écrit au jour le jour la mémoire de cette saison intraitable avec les hommes, il écrit ses difficultés et ses échecs, il écrit les liens étroits avec ses voisins, il écrit ses découvertes et ses joies, il écrit son amour des mélèzes géants et des animaux sauvages qui le regardent par la fenêtre, et surtout, il écrit la révélation de sa part sauvage, la révélation de cette personnalité qu’il savait tapie au fond de lui-même et qui ne demandait qu’à ressurgir.

*(Winter, Rick Bass, éditions Hoebeke, coll. « Le grand dehors », trad. Béatrice Vierne, 1998)

dirty shame saloon

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Commentaires (4)

« 25 novembre.
Veille du Thanksgiving. Les vitres sont givrées par des cristaux de glace. J’ai pris une huitaine de kilos, la moitié en muscles, mais pas l’autre.
Il neige encore. Je n’ai pas écrit un mot, je n’ai même pas été fichu de songer à une histoire. Quelquefois, ici, en altitude, on s’écroule tout bonnement. Dave m’a dit que ça arrivait. Peu importe ce qui a besoin d’être fait, peu importent les obligations, les ambitions que l’on peut avoir, le rythme se ralentit. On se réveille tard. Qulquefois on avale quatre gros repas par jour. On écoute les corbeaux, et on alimente le feu.
Je reste dehors sous la neige pendant des périodes prolongées, en plein dessous, à regarder : je n’arrive pas à croire que je suis si riche, que je récolte autant de neige. Tout ce qui tombe m’appartient, nous appartient.
Tout est tellement silencieux. C’est presque comme une vie après la vie. Jamais je n’aurais rêvé que je vivrais un jour dans un pays rude, à l’écart des gens, au milieu d’un tel calme. »

« 19 décembre
Hier, un front froid est descendu de l’Alaska, faisant chuter la température de moins six à moins vingt-six degrés en l’espace d’une heure – les branches et les rameaux ont été arrachés des troncs, tout est passé devant la maison pêle-mêle, poussé par un vent mordant, acéré. Une fois la nuit tombée, la température a continué à descendre, au milieu des étoiles glacées et crépitantes, à plonger, à s’abîmer jusqu’aux alentours de moins trente-huit, moins trente-neuf, après quoi le vent s’est tu… Et elle reste aussi froide – l’air est figé, comme on nous avait dit qu’il le serait – avec des moins quarante la nuit, se réchauffant jusqu’à moins vingt-trois ou moins vingt-quatre dans la journée. [...]
Quarante degrés au-dessous de zéro. Nous avons un peu peur. Nous sommes à la merci du froid. Nous l’espérons clément. On a l’impression que ce froid brutal est en quête de quelque chose, qu’il passe et qu’il repasse, qu’il fouine. J’espère qu’il ne va pas trouver ce qu’il cherche ici. Je voudrais bien qu’il s’en aille plus loin. »

jean mi, c’est un mec, quand il achete un stylo, eh ben il essaie d’en vider l’encre contenue en une seule fois. comme ça.

C’est parce qu’en ce moment l’encre gèle !

[...] À lire lors d’une météo adéquate, ces jours-ci, après Little Bird et Winter. [...]

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