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L’épée étincelante de la dialectique et la fourche pleine de fumier et d’ordures

écrit par Jules dans Livres le 06-12-2009

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Article écrit par Jules.

A propos d’une époque mouvementée – des millénaristes, des humanistes méprisants, des peintres sympathisants et des princes communisants auront participé à cette Guerre des paysans qui secoua le Saint Empire romain germanique dans la foulée de la Réforme – on a aujourd’hui quelques livres, quelques études.
Pour commencer, le meilleur : « Peintres et vilains – Les artistes de la Renaissance et la grande guerre des paysans de 1525″ de Maurice Pianzola. Ou comment Cranach, Dürer, Graf ou  Holbein se solidarisèrent de l’immense jacquerie. Pianzola, militant communiste et conservateur de musée rédigea par ailleurs la biographie de Münzer, cet ex-anabaptiste oeuvrant au règne eschatologique du Christ, en rupture avec Luther qui s’opposait quant à lui ce désordre. Toujours sur la peinture, le livre de Paul-Louis Rossi, « Vies d’Albrecht Altdorfer. Peintre mystérieux du Danube ». Si ce peintre n’a pas directement été solidaire des insurrections paysannes ou millénaristes, il témoigna des troubles au travers de son oeuvre.
Bien avant et sans toucher à l’histoire des arts, des penseurs majeurs comme Engels se penchèrent sur cette époque. Ce n’est plus un secret que Marx et son acolyte voyait dans ces insurgés des précurseurs du communisme. Ainsi, Engels rédigea un ouvrage sobrement (a t-il déjà fait dans le burlesque?) intitulé « La Guerre des paysans ». Kautsky et d’autres socialistes allemands s’empareront du sujet. Mais l’autre grand penseur révolutionnaire à traiter de la chose fut Ernst Bloch, philosophe juif, qui pour s’extirper de la ligne orthodoxe travailla à concilier messianisme et dialectique marxiste. La révolte du XVI ème siècle était pour lui le terrain le plus propice à la recherche de matériaux. Il signa même un ouvrage traitant précisément de Münzer, théologue de la révolution. Zweig aussi, dans son « Erasme » ne peut passer sur certaines figures majeures. Après avoir opposé Erasme et Luther, Zweig revient sur la manière dont Erasme se détacha de la révolte et laissa par exemple Ulrich von Hutten, sorte de prince rouge et propagandiste radical de la Réforme, mourir dans la rue sans l’accueillir. Le chevalier signa d’ailleurs avant de mourir une magnifique « Plainte de Ulrich de Hutten contre Erasme de Rotterdam », mise au point avec le froussard aujourd’hui célébré.
Dernier exemple d’une fascination pour cette époque peu connue, le médiocre « Bacchus » de Cocteau, qu’il considérait comme une de ses meilleures pièces prend comme cadre l’Allemagne de l’an 1523. On y lit donc un clergé et des puissants inquiets de toute émotion populaire, des intrigues et des sentiments de frustration de certains bourgeois.

Epilogue :  lors d’une manifestation anti-carcérale à Poitiers, un graffiti « Omnia sunt communia » est fait sur une église. Au delà de l’indignation toute banale de quelques citoyens, un journaliste du Monde dans un article en une du quotidien sur les autonomes – ces nouveaux ennemis pas si effrayants de la République – rappelle que la locution latine est une citation de Thomas Münzer quant à la communisation.

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Commentaires (1)

bravo jules, d’avoir lu tous ces livres pour nous et de réussir à nous en informer des contenus tout en nous divertissant. et ce retour sur l’actualité, brillant de perspicacité.

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