Nuir, nuir, nuir…(Le catastrophisme ne nuit pas…)
Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 17-06-2009
5
Diffusion massive de « Home » de Yann-Arthus Bertrand, percée des écologistes aux dernières élections, maires qui infantilisent leurs administrés pour qu’ils trient, ne crachent pas par terre, roulent en vélo, associations et citoyens alarmés, alarmistes, politiques qui « tirent la sonnette d’alarme ». En 1984, l’Encyclopédie des Nuisances propose un prospectus, récemment repris sur la quatrième de couv de la réédition du Discours préliminaire de l’Encyclopédie des Nuisances : » Les gémissements écologistes de cette époque ne sont que des sophismes. Demander à l’État aide et protection revient à admettre par avance toutes les avanies que cet État jugera nécessaire d’infliger, et une telle dépossession est déjà la nuisance majeure, celle qui fait tolérer toutes les autres. » L’actuelle maison d’édition est la suite du travail déployé pour la diffusion de la revue entre 84 et 92, dont le rédacteur le plus connu est Jaime Semprun, bien que Guy Debord y écrit quelques textes (cf ses correspondances et ses œuvres chez Fayard et Quarto). Les textes publiés sont selon les éditeurs, ceux que le système proscrit, car ils disent précisément dans quel monde nous vivons. Le « succès » de la maison est sans aucun doute la traduction d’essais d’Orwell, beaux petits ouvrages à bas prix. Orwell n’est pas là bien sûr par hasard, il était un de ces sceptiques du monde industriel (souvenons du « Quai de Wigan », en particulier du chapitre XII). De nombreuses parutions sont des textes critiques portant sur de nombreux sujets, ainsi Mandosio, Semprun signent des textes sur Foucault, les insurrections algériennes, la novlangue… Quelques « classiques » se glissent çà et là ; Günther Anders, William Morris, Lewis Mumford, Tchouang-Tseu (relisez les !), en plus de petits textes sur Durruti, de Miguel Amoros ou le marxisme, par Kostas Papaioannou. Mais surtout, l’Encyclopédie des Nuisances publie des textes sur l’industrialisation, le monde moderne, avec une vision héritée du marxisme autant que d’un certain romantisme. Ainsi, ils remettent sur le marché Baudouin de Bodinat, Bernard Charbonneau, ainsi que Unabomber, publié sous son vrai nom, Theodore Kaczynski. Quand l’actualité rattrape le groupe, Semprun ou René Riesel prennent la plume et se lancent dans de très féroces critiques du catastrophisme, de l’écologisme sous toute ses formes, qui deviennent « un progrès dans la domestication » (Riesel).




















Je ne serais pas honnête si j erappelais pas cette critique tout de même bien trouvée, tirée de la préface du blanqui à la fabrique, signée « quelques agents du parti imaginaire » : « les imbeciles cultives de l’encyclopedie des nuisances, qui ont depuis vingt ans le courage lucide de parier sans relache sur la contre-revolution, ont parle du « blanquisme imaginaire » de unabomber pour mieux se dissocier de ses gestes, et introduire ainsi leur traduction grossierement falsifiee de son manifeste. » on en pense ce qu’on veut mais le syle est bon, non? surtout que dans le bouquin, les accents et tout sont la pas comme sur ce blog.
Tu as si peu d’amour propre que tu t’écris tes propres commentaires…
Ça doit être un ego surdimensionné qui le pousse à écrire ses propres commentaires. On le sent assez fier de lui tout de même ce Jules.
qui ne connait pas Jules en même temps, à part une personne qui voit en lui ce qu’il est peut-être, fier de sa personne. mais le connait-elle avec lunettes de mouches, polo façon Zulma et veste cintrée ?
Que les encyclopédistes aient falsifiés ou non les écrits de Kaczynski (Jean-marie Apostolides leur a répondu à ce sujet dans une nouvelle réédition suite à leur préface de « la société industrielle et son avenir »), de toute façon, l’essentiel est ailleurs : ayant lu avec enthousiasme leurs proses en commençant par le début (la revue), notamment ce discours préliminaire et histoire de dix ans, je n’ai pu que constaté un glissement progressif au fil des années, surtout à partir de 1993 où cette encyclopédie devient maison d’édition , vers une pensée binaire et réactionnaire loin de la subtilité de leurs premiers numéros et de la dialectique de leurs premiers modèles, les situationnistes, qu’ils renieront pa la suite (cf. l’article « abrégé »), le ton apocalyptique, devenu leimotiv, étant le plus souvent utilisé pour masquer des graves carences dans la pensée (cf. par exemple, « l’abîme se repeuple »).
Leur rupture également avec la pensée de Marx, finalement trop progressistes pour eux comme les situationnistes (ils croyaient trop, selon eux, aux bienfaits de l’industrie et de la technique développés sous le capitalisme et la possibilité de les réinvestir dans un au-delà du capitalisme), et tout un courant du mouvement ouvrier accusés d’avoir cédés aux sirènes capitalistes du progrès se révèlent maintenant comme une impasse à l’heure où des gens comme moishe postone, krisis, ou Anselm Jappe nous font redécouvrir une partie de l’oeuvre de ce même Marx pour en montrer sa brûlante actualité.
Même si j’aime encore cette encyclopédie surtout pour les textes historiques qu’ils exhument ou nous font découvrir (Mumford, Gunther Anders, Orwell, Papaïoannou) ou même pour René Riesel, force est de reconnaître qu’elle fait déjà parti du passé; elle aura au moins permis, par son opiniatreté, (en novembre 1984, les partisans d’une critique radicale, comme le rappelle d’ailleurs Semprun dans sa préface, devaient être bien peu nombreux à l’heure du débondage néo-libéral du mitterandisme première formule) la transition vers une nouvelle époque de la critique sociale où la théorie liée à la lutte radicale pourra, peut-être, avoir enfin nouveau droit au chapitre.