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Chose promise, chose due. Voici une chronique bien à propos sur l’un des auteurs invités aux Belles étrangères.
Blessés est des cinq romans de Percival Everett traduits en France (tous chez Actes Sud), le seul que j’ai lu. Le dernier paru Supplice de l’eau est en cours.
Blessés, les personnages qui gravitent dans le roman le sont. D’abord, il y a John Hunt, dresseur de chevaux dans un ranch du Wyoming, dont la femme est morte six ans avant d’un accident de cheval. Pas facile. En plus de ça, le vieil oncle avec qui vit Hunt va mourir. Sans deuil, pas de roman, ou en tout cas, pas chez Actes Sud. Il faut toujours un personnage en deuil pour entrer dans le catalogue Actes Sud (j’ai beaucoup d’exemples, autant français qu’étrangers ; Hubert Nyssen le créateur lui-même utilise ce mode opératoire, Henri Bauchau l’ancien aussi, Laurent Gaudé la star n’en parlons pas). Quand en plus d’un deuil, quelqu’un s’apprête à mourir, c’est le carton assuré.
Ajoutons à la proximité de la mort que les deux personnages de Percival Everett sont noirs. Dans un pays de blancs, l’Ouest sauvage et traditionaliste, les noirs ont été plus ou moins acceptés. Ça tombe bien, Obama a été élu pour changer leurs caractères, parait-il. Heureusement, Hunt est un excellent dresseur de chevaux.
Du malheur, l’auteur en rajoute toutes les dix pages. Un indien de la Réserve (copain de Hunt, bien sûr, on se soutient entre minorités visibles) déplore les mots « Nègre rouge » peints en lettres de sang près de deux de ses vaches crevées, abattues au calibre de chasse si je me rappelle bien. On soupçonne des néonazis traînant au village en BMW (arggh ! une voiture d’allemands en plus), et pour ajouter à l’ambiance, le jeune employé de ferme de Hunt, un garçon gentil mais incompétent, est arrêté et présumé coupable pour le meurtre sauvage d’un homosexuel. Hunt va voir le petit à la prison du comté, et celui-ci lui avoue qu’il était amoureux de la victime. La venue peu de temps après chez Hunt de son vieux pote de fac, fraîchement divorcé et presque remarié, ainsi que de son fils dont il ne voit pas les douleurs profondes, va chambouler sa vie. Le fils incompris viendra vivre chez le rancher après une mésentente avec son père. Aïe, il est homosexuel, lui aussi, et il est venu avec son petit copain. Ils s’affichent au village comme ils le feraient à San Francisco. Pour la première fois, Hunt se retrouve confronté, à d’autres différences que la sienne et celle des indiens.
Notre rancher, voit toute cette nouveauté d’un mauvais œil, et se demande s’il aura le temps de s’occuper de ses affaires ; la maladie de son oncle, le travail de la ferme, un cheval blessé, et surtout, l’entrée dans son cœur d’une nouvelle femme, une ranch-woman mignonne dans ce monde macho.
Tout ça est mélangé et ressassé, jusqu’à rendre malade notre bonhomme. On assiste impuissants au(x) drame(s) se jouant dans les majestueuses montagnes Rocheuses.
Après la presque tranquillité de la première partie du roman, la vie du mec peinard malgré ses tourments est bouleversée en quelques jours. Tout s’accélère. Un blizzard approche, et avec lui, la fin de la vie paisible. Le suspens monte jusqu’à exploser en même temps que les nuages au-dessus de leurs têtes. Le jeune cowboy gay s’échappe complètement torché au bourbon en bras de chemise dans la prairie sous la tempête. Le valeureux John Hunt va le secourir, le retrouve transi de froid au beau milieu de la nuit et des intempéries dans une grotte et son cheval épuisé ne permettra pas de retourner au ranch avec les deux deux hommes. Qu’à cela ne tienne, ils resteront dans la grotte, même si pour cela ils doivent se déshabiller pour se réchauffer et le jeune homme voler un baiser à son sauveteur. Autant dire qu’au lendemain de cette aventure, John Hunt ne sait plus où il en est. Et ça ne fera qu’empirer avec les rednecks bouffeurs de nègres, de pédés et de peaux-rouges qui enlèvent le jeune garçon pour lui apprendre à aimer les autres garçons. John, on le parie, ne va pas se laisser faire, et avec Gus et des indiens, ils vont aller leur faire passer l’envie de respirer. Grand moment lorsque John accroche pour la première fois son fusil au rack de son pick-up. Je n’en dirais pas plus, de peur que vous ne sachiez la fin avant de le lire.
On lit ce roman d’une traite, comme un polar (pas un polar d’Actes Sud bien entendu). Aucune fin de chapitre ne voit l’ombre d’une hésitation et le lecteur continue sa lecture. Comme dans les romans du catalogue (auteurs cités plus haut, Bauchau, Nyssen, Gaudé, mais encore Russell Banks et j’en passe) on s’attache très vite à ces personnages torturés par la vie et aspirant au bonheur. On aimerait les voir réussir enfin leurs objectifs simples, et on espère que tout ira mieux pour eux à la fin, et c’est dur, snif…snif. Bien sûr, les personnages auraient pu s’éviter certains tracas supplémentaires, mais il n’y aurait pas eu de roman sans eux.
C’est bien écrit, c’est juste, mais tout de même Blessés me laisse interrogateur.

La notion d’égalité civique est très forte tant dans la personnalité que dans les romans de Percival Everett, comme nous avons pu le constater. À l’occasion d’une conférence qu’il donnait il y a une vingtaine d’années au parlement de Caroline du Sud il aurait interrompu son discours, déplorant la présence du drapeau confédéré dans l’hémicycle. Ce sujet le hante toujours dans son œuvre ; il est noir et les siens ont été opprimés pendant des siècles, et le sont encore parfois, dans l’Ouest particulièrement. Blessés l’illustre parfaitement. Au même niveau que le racisme, l’homophobie est elle aussi, comme de juste, sévèrement critiquée dans le roman. Je trouve utile de préciser pour revenir à des choses plus légères peut-être, que la maltraitance des animaux aussi, est sévèrement critiquée. Everett lutte pour l’humanité en général, pour la reconnaissance des droits de chacun (et des animaux). Même lorsque le héros tient en joue les rednecks nazis sous la bannière étoilée du 3ème Reich, il n’arrive pas, par humanisme, à les abattre malgré toutes les méchancetés dont ils ont fait preuve. Ouf, notre héros n’est pas un assassin.
Percival Everett est assez intelligent ; il a fait de la philo et de la biochimie avant d’avoir une chaire de professeur de littérature anglaise à l’Université de Californie du Sud, une des plus prestigieuses de la côte Ouest. Il avait dit dans une interview à Télérama qu’il avait quitté ses premières amours qu’il jugeait trop enfermées dans leurs réponses scientifiques dans le but d’être libre d’écrire ce qu’il voulait. Dans la fiction, il peut choisir la voie du non-sens. Alors j’ai cherché ce qu’il entendait par non-sens dans Blessés.
Il est rongé par son identité. Il est noir, mais vit comme un blanc. Dans Effacement, un roman précédent Blessée, son héros, un romancier noir, est critiqué par la communauté afro-américaine jugeant qu’il ne place pas ses romans dans les contextes sociaux de leur communauté, le ghetto et les droits civiques en gros. Dans Blessés, le héros est noir, ami des homosexuels et des indiens, et fait le cow-boy dans un ranch, activité habituellement blanche. Everett met du non-sens dans la contradiction. On en fait ce qu’on veut.
Non-sens toujours ; Percival Everett enseigne le creative writing (atelier d’écriture selon Brice Matthieussent) à l’université, mais s’interroge sur la proximité néfaste du travail de ses étudiants avec la littérature américaine contemporaine. Il juge ces jeunes auteurs insipides et plagieurs d’un style fabriqué par les lobbies des lettres américaines. Jim Harrison a fait part de ses questionnements sur le sujet dans ses mémoires. Bien lui en prend, car Harrison, comme heureusement beaucoup d’écrivains professeurs d’écriture américains, n’écrivent pas ce genre de littérature universitaire et uniformisée. À l’inverse, j’ai la curieuse sensation qu’Everett s’insurgeant contre les auteurs sans talent ni originalité, illustre parfaitement l’adage « faites c’que je dis, pas c’que je fais ». Non-sens.
Ici s’arrêtera cette critique peu engageante de l’individu Percival Everett et de son œuvre. (on verra avec Supplice de l’eau, qui me paraît déjà plus original dans l’écriture)
Pour avoir des cow-boys du même acabit que dans Blessés mais que je trouve plus vrais et moins traînants, privilégions la lecture d’une auteur qui n’est pas invitée aux Belles étrangères, Annie Proulx. Entre autres, son recueil de nouvelles, Les pieds dans la boue. Entre les cow-boys gays de Brockeback Mountain et les éleveurs de bœufs devenus végétariens, on les trouve quand même cow-boys viriles qui boivent, se battent et font l’amour, le tout avec force. Vous verrez, imparable.





















Salut Jean Michel ça va ? moi ouais ça va. Dis moi j’ai lu un article dans le 20 minutes ce matin, qui disait que moins de 1% des gens affirmaient lire les articles des blogs jusqu’au bout lorsqu’ils dépassaient les huit lignes. Dans quel monde on vit hein ? incroyable.
Sinon j’adore la partie de ton article qui traite de la première communion, c’est un moment qui a été très fort pour moi aussi
Alors les jeunes, vous avez quelques idées en stock, je suis à court de lecture…
rasta gang un livre scarface rastafarien jaaaaaaaaaaaah
jasmine, je ne me permettrai plus à l’avenir de te recommander un livre ; j’aurais trop à l’esprit de te décevoir. n’écoute pas mes conseils sur ce blog mais si jamais essaye les éditions monsieur toussaint louverture (spécialisés dans la nouvelle et la novella). y’aura-t’il de l’originalité dans leur catalogue ?
mick, moi aussi je t’aime bien et tu m’émeus beaucoup.
spoon, dis alors t’as bossé aujourd’hui ou t’as zoné ?
Tu es bien trop susceptible jeune ami !
mais non
Bon, et bien, je crois qu’il faut lire Jack London, ça fait toujours du bien, et bien souvent on oublie qu’en plus de ses mièvreries sur le froid de l’Alaska, le monsieur à écrit sur la boxe des textes grandioses et sur les conflits sociaux des textes bien forts. Il à aussi écrit sur ses expériences dans le monde du travail, et c’est tout à son honneur.
Je suis sur que ça fait longtemps que tu ne l’as pas lu, Jasmine, non ? En plus tu as juste à aller le chercher dans ta bibliothèque personnel, il y a surement l’édition intégrale (mais en 6 volumes tout de mêmes) en Bouquin, ou quelques titres en Phébus.
Zut, je me suis replongée dans London il n’y pas longtemps relisant le cabaret de la dernière chance et bing le rerelisant chez Phébus, puis les récits sur la boxe, les nouvelles comme quand dieu ricane, ou la route, le talon de fer, etc. Un vrai bonheur et un coup de chapeau à phébus (bouquins c’est lourd) d’avoir ressorti des textes qui nous permettent d’oublier quand il fallait lire sous peine de bonnet d’âne croc-blanc et qu’on nous laissait croire que London n’avait écrit que ça. Et puis une mention particulière à Martin Eden, un beau beau livre. Une autre aussi à la petite dame dans la grande maison parce que je trouve qu’il y a peu de portrait de femme chez london. Avez-vous lu La peste écarlate, une nouvelle étonnante où un vieillard raconte la ruine de la civilisation ? Du coup, Manu, va falloir que tu me proposes autre chose parce que là j’ai vraiment pas d’idée de lecture et que j’ai pas du tout envie ni de courir dans tout paris ni d’aller chez le libraire le plus proche de chez moi qui va me proposer l’incontournable prix goncourt ou le dernier amélie nostombes. Vous grouillez d’idées, vous connaissez plein de trucs, allez soyez sympa !
ne serait-il pas temps alors de relire les romans de Dashiell Hammett chez Quarto Gallimard dans leurs nouvelles traductions ?
L’idée est excellente ; voilà une lecture qui date de presque 30 ans (tu imagines mon âge…). Le seul hic, c’est le prix : 27,50 euros. Mais bon je vais passer le commander demain. Merci Jean-Mi.
Bravo Jean-Mi, c’était pas facile !
Surtout que de lire une véritable traduction au lieu de la destruction actuelle, ça en peut qu’être bon.
D’ailleurs faut que je le prenne ce petit Quarto.
ça veut dire quoi c’était pas facile ? Que je suis une chieuse ?
je crois que sur ce blog nous avons le souci de plaire à nos lecteurs. enfin, surtout manu.
à l’inverse, vous commencez à me connaitre, c’est moi que je cherche à complaire.
en proposant de relire les hammett en quarto, c’est moi qui ai envie de les relire, mais les tourments du chômage ne me le permettent pas encore.
Je n’aurais jamais osé, allons.
Mais tout de même, ce n’était pas simple.
Si tu es sur paris je te le prête dès que je l’ai lu. Compliment : aller acheter un bouquin à ce prix-là c’est une vraie preuve de confiance (pour moi) car je ne suis pas au chômage mais j’ai un petit salaire et une famille.
c’est gentil, mais je ne suis pas sur paris. j’y passerai peut-être courant d’année prochaine mais j’espère l’avoir déjà d’ici là emprunté à ma bibliothèque municipale et lu.
Eh bien ça y est je l’ai entre les mains, je termine ce soir ce que j’étais en train de rerererererererelire (un classique) et je l’attaque demain. je te dis ce que j’en pense.