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Puisqu’on parle de polars

écrit par Jean-Mi dans Livres le 03-12-2009

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Article écrit par Jean-Mi.

    Puisqu’on parle de polars, en voici un découvert il y a peu et dont je me souviens encore.


    Lors d’un week-end chez mes beaux-parents, je parcours leur bibliothèque polar comme à mon habitude, et je tombe sur un Rivages Noir à la belle couverture provenant d’une photo de l’intérieur d’un pub, des pintes de bières sur une table, et le titre : La nuit du Jabberwock. Ni une ni deux, je l’enfouis dans mon sac et l’embarque. Plus tard, avant de le lire, je m’aperçois que le roman dit policier a été traduit pour les éditions Terre de brume, et la collection actuelle « Série Mystère » est co-dirigée outre par François Guérif, par Claude Chabrol. De ce fait, ma lecture n’a été que plus tardive. C’est lors d’une période de longs voyages en train quotidiens il y a quelques mois, lisant et relisant nombre de romans et pris La nuit du Jabberwock pour le lire, remisant tous mes préjugés au sujet de la littérature de l’imaginaire.

    J’entrai dans le quotidien de « Doc » Steeger. Le directeur du petit hebdomadaire local d’un comté rural de l’Illinois, fan de Alice au pays des merveilles, d’échecs et de bourbon, est de plus en plus désabusé face à la morosité des informations qu’il imprime chaque semaine. Vente de charité du directeur de banque-président de la ligue anti-alcoolique, et autres péripéties villageoises, composent les pages du Carmel City Clarion.

    Ce jeudi soir, le bouclage est pire encore que ceux des 20 et quelques dernières années. Pendant que son imprimeur imprime, il se rend à la taverne en face du bureau, pour commencer à se mettre quelques verres de whiskey derrière les oreilles et oublier le vide de ses journées. Il espère croiser l’autre joueur d’échecs du coin, fan aussi des écrits de Lewis Carroll. Ou encore son meilleur pote de beuverie, qui malheureusement a pris de l’avance plus tôt dans l’après-midi, ce qui compromet la soirée. Et Doc reste avec Smiley, le patron du bar, un gars simple et rieur.

    Commence une série d’événements, tous tirés par les cheveux, qui vont faire passer à Doc la plus longue nuit de sa vie, et lui offrir peut-être la meilleure « une » qu’il n’a jamais vue ; meurtres violents, personnages iconoclastes, poursuites de bandits, échappés d’asile… Un grand moment de littérature policière à la frontière du fantastique avec ce mystérieux Jabberwock du titre, monstre tiré de l’imaginaire de Lewis Carroll, sujet des cauchemars fréquents de Doc, et peur réelle d’en devenir la proie dans une maison hantée… e

    Un polar drolatique, à la première personne de ce quinqua dépressif et à grands renforts  de whiskey. 3 est le nombre de bouteilles qu’il boit au fil de la soirée, et les rebondissements se font au gré de ces bouteilles et des dégrisements subis et fatigant le narrateur, n’ayant qu’une envie, de se coucher. Mais de nouveaux évènements surviennent et ajoutent aux anciennes une nouvelle soif. Il ne peut plus raisonner de la même aussi bonne manière qu’à jeun, mais pense encore à la une de son hebdomadaire. Quoiqu’il puisse arriver, il la changera avant d’en lancer le tirage, et ça, c’est ce qui le fait tenir et le fait se jeter à chaque fois au cœur de l’information, pour le grand plaisir, un plaisir jouissif, du lecteur.

    Qui n’a pas lu La nuit du Jabberwock le lira avant de mourir.

    *La nuit du Jabberwock, de Fredric Brown, éditions Rivages Noir, « Série Mystère ».

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