À lire.

Polichinelle de Pierric Bailly

Lire la suite

Avant toutes choses, permettez-moi de vous avertir : Polichinelle est un livre étrange, un livre dont les lectures seront surement différentes d’une personne à l’autre, et un livre que vous apprécierez peut-être plus si vous avez connu le monde qui y est décrit, celui des ruraux. Moi, pauvre...

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le livre papier .2 : une révolution

Posté par Jean-Mi dans Actu, Librairie -edition le 04-04-2011

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Sans doute pour contrer la venue des livres électroniques, les éditions Point sortent leur collection .2 (prononcez Point Deux). Les grandes particularités de ces livres .2 sont le format et la taille. Format à l’italienne, il se lit en fait verticalement, texte parallèle à la reliure. Petit, il peut être glissé dans la poche.

En plus, le .2 a une application pour zoomer, une application pour le partager, une application pour mettre pause, une application pour avancer d’un chapitre… mais tout ça, c’est la vidéo publicitaire qui le dit.

Suivez le lien : vidéo .2

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Chroniques de lectures : La danse de l’ours, James Crumley

Posté par Jean-Mi dans Livres le 20-03-2011

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Milo Milodragovitch est un détective privé au chômage. Agent de sécurité, il oublie son sort à la coke et au Peppermint pour ne pas replonger dans le bourbon, jusqu’au jour où une vieille dame qu’il a jadis connue, Sarah Weddington, lui propose une affaire faisant appel à son ancien métier. Milo n’est pas riche, son père, qui l’était, ayant bloqué son héritage jusqu’à l’âge de ses 52 ans, dans une paire d’années. La vieille lui propose une fortune pour participer à ses excentricités ; en effet, du haut de sa villa, elle observe à la jumelle, chaque semaine, même jour même heure, un couple pendant une heure dans la même voiture, et qui repart après n’avoir que discuté. Obnubilée par la question de ces rendez-vous étranges, la vieille dame les fait suivre par Milo pour lui apprendre tout de leur vie.

Ce qui ne devait être pour Milo qu’une promenade de santé, immorale certes, mais enrichissante, prend un tout autre chemin lorsque la voiture de l’homme explose dans le parking d’un motel où il a passé la nuit après son rendez-vous hebdomadaire. Avant de quitter les lieux, Milo fouille le cadavre en train de brûler et prend le contenu du coffre de la voiture. Bilan : plusieurs kilos de coke et des armes de guerre. Il choisit de tout garder, ce qui l’aidera à affronter la suite des événements. D’autant plus lorsqu’il s’assoit sur une bombe dans son propre véhicule. Il comprend en la désamorçant sans s’émouvoir, qu’il avait posé les fesses sur quelque chose de brûlant en suivant la voiture, et qu’il a foncé dans les flammes, au propre et au figuré, en volant les pièces à conviction du véhicule en feu.

Le privé, un peu revenu de tout, ne doit la réussite de son enquête qu’en mépris de tout danger. Il aime ce danger, et sans lui, Milo ne serait pas ce qu’il est, un vétéran de la Corée marié cinq fois, alcoolique et drogué, et pourtant possédant la plus belle âme humaine de tout le Montana. Parce qu’il vit dans le Montana, ce dont vous pouviez vous douter, et le narrateur aime la beauté de ses paysages, aime l’arrivée de l’hiver et la mélancolie se dégageant de tout ça. Il s’empêtre dans une affaire dont il ne comprend pas les enjeux, se confronte à des gens pires que lui et tire toujours, à répétition et par hasard, son épingle du jeu, jusqu’à l’apothéose dans la fusillade finale. Malgré ce que l’on pourrait croire, Milo Milodragovitch est un philanthrope perdu dans un monde à l’agonie, une brute sensible qui trouvera son contentement dans un peu de poudre blanche au creux de sa narine, un flingue à la main, des femmes toutes plus belles que les autres, et les terres de ses ancêtres.

La danse de l’ours, de James Crumley, trad. de François Lasquin, éditions Gallimard « Série Noire » 1994, et Folio « Policier » n°68, 1999

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L’Association dissociée

Posté par Jean-Mi dans Actu, Librairie -edition le 20-02-2011

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Si vous ne le saviez pas déjà, L’Association, éditeur de bande-dessinée depuis 1990, est en train de vivre une crise sans précédent (dans leurs locaux).

Le marché de l’économie est tel, qu’aujourd’hui Jean-Christophe Menu, auteur de BD et directeur éditorial de L’Association, devrait licencier économique la moitié de ses salariés. Pas facile d’être un « cool » dessinateur de BD quand on doit gérer un gros truc, tout associatif qu’il soit.

Déjà il y a quelques mois, le Comptoir des Indépendants, distributeur des livres de L’Association auprès de vos amis libraires, avait dû fermer boutique. Trop cher. L’Association en était le principal actionnaire. Tout s’est passé sans trop de pots cassés, tout le monde aurait plus ou moins été bien reclassé (aux Belles Lettres Diffusion Distribution, qui distribue d’ailleurs maintenant L’Association et nombre d’éditeurs dont se chargeait aussi le Comptoir des Indés, L’Employé du Moi, L’Atrabile et Çà et Là entre autres).

Pas des pigeons, les salariés de L’Association ont été en grève pendant un mois, pour protester contre le revirement de situation, déjà tendue depuis plusieurs mois. Ceux qui étaient à Angoulême ne les ont pas vus à leur stand, seulement couvert d’affiches « En grève » et de leur flyer de revendication.

Des auteurs de BD proches de L’Asso soutiennent ouvertement les salariés en grève, certains vilipendent Menu haut et court, le traitent de dictateur et d’autre nom d’oiseau. Menu se défend. Il était le seul à être resté après le clash avec ses « associés », partis depuis belle lurette, sous des cieux bien plus bleus mais peut-être moins glorieux (Lewis Trondheim est directeur de la collection Shampooing chez Delcourt), d’autres font les médiateurs entre les deux parties, et les salariés ont repris le travail malgré tout avec l’assurance (pour combien de temps) de conserver leurs places.

Une vente aux enchères de soutien aux salariés de L’Association est montée. Dès demain lundi 21 février 17h01 vont être mis en vente des dessins originaux d’amis des salariés de L’Association.

Alors, si vous voulez continuer à trouver des bonnes bandes-dessinées dans vos librairies, à votre portefeuille ! Car si L’Association tombe, les prophètes pessimistes disent que toute l’édition indépendante de BD tombera avec. L’Association offrait un regard vaste dans les rayonnages des librairies. Sans elle, le reste des éditeurs ne montrera qu’un ou deux mètres linéaires sans plus de dynamique, et les acheteurs ne les verront plus, se rabattant sur les œuvres de Boulet et Sfar dans des maisons d’éditions ne se souciant pas de problèmes financiers.

L’Association peut perdurer, et pour cela, aidons ses salariés en achetant des oeuvres originales d’un goût extra.

le site de soutien aux salariés de L’Association : http://www.soutienasso.fr/

Infos recueillies grâce à Pierre Maurel et au Nouvel Obs.

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Norman Maclean, écrivain-pêcheur

Posté par Jean-Mi dans Livres le 20-02-2011

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Dans la série des romans adaptés en films, aujourd’hui : La rivière du sixième jour de Norman Maclean, adapté par Robert Redford en 1993 sous le titre Et au milieu coule une rivière.

Pour mémoire, la précédente mention de livre adapté en film, c’était pour Légendes d’automne dans l’article consacré à Jim Harrison. Le film de Edward Zwick avait donné autre chose que ce à quoi pouvait s’attendre le lecteur fan de Harrison. Aujourd’hui, le film de Redford laisse un avis sensiblement différent.

Rappelons d’abord en quelques lignes, les similitudes de ces deux histoires, avec lesquelles il serait aisé d’ajouter L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ; sans doute en parlerons nous un autre jour. Légendes d’automne et La rivière du Sixième jour ont certains points de ressemblance qu’il est intéressant d’énumérer.
Tout d’abord, le lieu commun aux deux textes : le Montana. Légendes d’automne se déroule près de la frontière nord de l’état, quand La rivière du Sixième jour évoque Missoula, Helena, Wolf Creek, des villes du centre de l’état.
Dans chacun des deux ouvrages, la nature joue son propre rôle. Au coeur de l’intrigue, et jusqu’au titre pour La rivière du Sixième jour, la nature est l’un des principaux protagonistes. Nous l’avions déjà remarqué dans l’oeuvre de Jim Harrison et de beaucoup des auteurs des écrivains du Montana, reconnus sous l’expression Montana Connection, ou à tort, Ecole du Montana, dont Harrison et Maclean font partie.
L’époque est commune à Légendes d’automne et à La rivière du Sixième jour. L’entre-deux-guerres. Légendes d’automne commence avec le départ des trois frères Ludlow pour la Première guerre mondiale, et termine, en gros, entre la fin de la Prohibition et les années 70, à l’heure où Harrison rédigeait sa nouvelle. Dans La rivière du Sixième jour, l’action se déroule dans les années 30, mais la narration évoque également le passé et le « futur », dans les années 60, à l’heure où l’auteur regroupe ses souvenirs pour les coucher sur papier.
Enfin, les deux films convoquaient Brad Pitt dans l’un des rôles principaux.

J’ai toujours eu du mal à définir le film Et au milieu coule une rivière. Entré dans mon panthéon des films « fleur bleue » dès mon jeune âge, avec Légendes d’automne justement, mais aussi Les enfants du marais (entre autre adaptation de roman, mais je m’égare), Et au milieu coule une rivière a longtemps été un film que j’ai aimé voir et revoir, même si je devais en passer par la VF pour cela. Je ne crois pas me planter en disant que c’est un beau film, mais que le roman dont il est adapté est tout simplement magnifique.
Revenons à l’histoire. Norman Maclean rassemble ses souvenirs. Au début du récit il narre la vie de famille, l’enfance, leur père pasteur presbytérien très « collet monté », l’apprentissage de la vie et l’amour à travers les prismes de la pêche à la mouche et de la religion.

Ainsi l’illustre ce court extrait du début du récit : « Il [le père] nous avait expliqué, à mon frère et à moi, que les disciples de Jésus étaient tous des pêcheurs, nous laissant entendre – ce dont nous étions intimement persuadés tous les deux – que les meilleurs pêcheurs du lac de Tibériade étaient tous des pêcheurs à la mouche, et que Jean, le disciple préféré, pêchait à la mouche sèche. »

Au fil de la lecture, les souvenirs de Maclean se concentrent progressivement sur ce qui a fait le drame de sa vie et de celle de ses parents, la mort de son frère Paul. Il ne l’aborde pas frontalement, mais tourne autour du pot pendant un moment, y faisant allusion et, enfin, l’annonçant, vers le milieu du récit. Le reste de l’histoire n’est plus tendu que vers les derniers moments du narrateur avec son frère Paul.
Ce qui au début n’était montré que comme un simple livre de souvenirs, aborde en fait la question de la perte et de la culpabilité face à la mort d’un proche. Cette question entête l’écrivain pendant les dizaines d’années séparant le drame de la rédaction du livre, et son père souffrant lui aussi d’être hanté. Ce livre est comme un carnet de deuil ; après l’écriture de son trauma, il pourra reprendre une vie normale, ou, réconcilié avec lui-même, il pourra enfin, à son tour, mourir, apaisé.

C’est un court roman magnifique. En-dehors des détails techniques liés à la pratique de la pêche à la mouche, pratique à laquelle je ne suis pas familier, l’expression des sentiments et des émotions du narrateur est très bien décrite. Dans le film, cette voix-off entêtante, du début à la fin, reprend le texte de l’écrivain et module un temps pour les actions et un temps pour les dialogues.

La rivière du Sixième jour de Norman Maclean, et aussi : Montana 1919 et La part du feu, tous des souvenirs de l’écrivain, tous chez Rivages, et en poche.

Une fois prochaine, je causerai d’un autre auteur de la Montana Connection, et pas des moindres : James Crumley.

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Brèves (3)

Posté par Manu dans Actu le 11-02-2011

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Une nouvelle fournée de brèves ! Toujours disponible en temps réel à votre droite, m’sieurs dames !

  • Egypte : un éditeur menacé par les sbires de Moubarak :http://bit.ly/gihhsY
  • Joyeux anniversaire, Penguin Modern Classics ! Pour leurs 50 ans, 50 minis Modern Classics pour 3£. http://bit.ly/gef6ao
  • Tennessee Williams aurait eu 100 ans ! Pour fêter ça, Bouquin sort le 17 février un tome d’ »œuvres choisis ». http://bit.ly/ebTrds
  • Le droit à la parodie ? Pas pour Tintin ! http://bit.ly/eQiU5A (dois-je payer des royalties pour l’utilisation du nom Tintin ?)
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Enfin un prix des prix littéraires !

Posté par Manu dans Actu le 10-02-2011

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Eclipse Bookstore - Bellingham, Washington Près de 2000 prix littéraires encombrent chaque années les librairies. Chaque petit site, vendeur, association d’amis y va de son coup de cœur de l’année dernière. Certains, de part leur dotation et leurs orateurs tirent leur épingles du jeu médiatiques mais la plupart de ces prix tombent vite dans l’oublie, ne décorant jamais d’un bandeau disgracieux la première de couverture du livre primé.

Voilà qu’un nouveau prix vient d’être annoncé : le Prix des prix littéraires. Le principe, comme son nom l’indique est de couronner un livre qui à déjà reçu un prix. Voilà qui permet de faire un premier tri dans les 67 000 titres qui sortent chaque années et de se limiter à environ 2 000 titres. Si l’on considère qu’ils ne primerons que des romans français, nous pouvons penser que seul 5 000 titres seront laissés de côté…

Pierre Leroy, créateur du prix et cogérant du groupe Lagardère (ainsi que bibliophile convaincu) saura s’entourer des plus fins limiers pour lire l’intégralité des ouvrages primés ; ainsi, ce n’est pas moins de douze célébrités* qui composeront le jury du premier Prix des prix littéraires.

*À vous de juger :  Remy Pflimlin, Nicolas Demorand, Alexandre Bombard, Christine Albanel, Olivier Poivre d’Arvor ainsi que Marie Drucker

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L’impossible intégrale des nouvelles de Dashiell Hammett

Posté par Manu dans Livres le 08-02-2011

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À peine sortie et déjà dépassé. L’«Intégrale» des nouvelles de Dashiell Hammett¹ a du plomb dans l’aile. Quinze inédits de l’auteur américain méprisé par McCarthy furent retrouvés par l’université d’Austin dans le Texas. Certains de ces écrits seraient – on nous l’assure – typique de l’écrivain, pleins de flics verreux, de voyous et de détectives alcooliques mais dur à cuire. D’autres en revanches seraient bien plus surprenantes.

L’auteur et ex-détective, considéré par beaucoup comme l’un des créateurs du roman noir est connu en premier lieu pour le Faucon Maltais. Ouvrage que vous pouvez retrouver dans sa bonne traduction (conseillé par Jean-Mi) dans la collection de Gallimard, Quarto.

En attendant, pour d’obscure raisons de négociations de droits, vous ne pourrez lire qu’un de ces court récit dans The Strand. Rassurons nous, les autres devraient être publiés prochainement. Il suffira alors à Omnibus de faire une «intégrale des nouvelles de Dashiell Hammett volume2» en attendant d’autres découvertes de ce genre.

¹ Coups de feu dans la nuit. L’intégrale des nouvelles, Omnibus, 29€

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La culture à tout prix

Posté par Jean-Mi dans Librairie -edition, humeur le 06-02-2011

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Gagnant ma croûte actuellement comme vendeur dans une grande surface spécialisée en produits culturels, j’ai remarqué un détail qui ne veut pas dire grand chose, mais qui pour moi est très significatif.

Depuis une année passée à travailler dans cette enseigne, les politiques commerciales m’ont toujours déçues. Et cette fois, ça s’est passé hier exactement. Vidant les rayons de tout le stock dévalué (présent depuis plus de 6 mois) pour le remplacer par les nouveautés, je me suis retrouvé, exagérément dans le rayon mangas (mais je le vois aussi au rayon littérature et dans d’autres si j’y regardais), avec des étagères quasi vides. Espacés par quelques livres en tranches, les livres sont en majorité en facing, c’est à dire en piles, couverture face au regard, et avec des gros trous entre deux.

Ce travail est d’autant moins réjouissant que chaque jour de nouveauté, les livres arrivent en stocks éléphantesques. En nombre dépassant toute logique commerciale, puisque les trois quart d’entre eux seront renvoyés aux fournisseurs (et une bonne moitié encore d’entre eux iront au pilon, mais c’est une autre question), les nouveautés sont commandés par des espèces d’agents dans des bureaux, qui s’y connaissent autant en livre que moi en football, et regardent uniquement le critère de rentabilité. En clair : le fournisseur permet une sur-remise si on achète 30 exemplaires de ce livre. Pourquoi faire la fine bouche et décréter que le livre ne se vendra pas, puisqu’une fois acheté on pourra le retourner et qu’on a les avances le permettant ? Et qui le retourne, ce livre, trois ou quatre mois après l’avoir mis en rayon ? Le vendeur, totalement dans son élément, tel le bébé nageur, qui nage pour ne pas se noyer.

Or, quelle ne fut pas ma surprise de me souvenir que quelques jours auparavant, ouvrant ce lien amical sur l’article Brèves (1) , je découvris le même état de fonctionner des grandes librairies new-yorkaises. Les facings sont moins flagrants sur étagères, mais tout ce qui y est narré, je le vois dans l’enseigne qui m’embauche. La bite littérature (vampires et jeunes demoiselles), les ouvrages pratiques, de santé, de cuisine, de jardinage et de développement personnel. Pas de littérature chrétienne mais un rayon ésotérisme, très prenant et très prisé. On vend des pendules, des boules de cristal, des bracelets feng-shui. OK, ce n’est pas une librairie, mais une grande surface spécialisée en produits culturels. Au-delà des livres, il y a des CD, DVD, Blu-ray, souris et claviers d’ordinateurs, mp3 et Ipods, jouets, papeteries, peintures, chevalets, scrapbookings, bref, ce qui se vend. Quid de ces auteurs géniaux de littérature ou de bande dessinée, qui auraient amplement leur place dans les rayonnages, sans les nouveautés de Katherine Pancol ou des éditions Bamboo ?

Premier exemple : Richard Brautigan*. Auteur à succès, mort prématurément et laissant derrière lui une oeuvre phénoménale, Richard Brautigan n’a plus sa place à l’endroit où je bosse. Un signet sur l’étagère mentionne son nom, mais plus de livres à cette place. Comme si, à l’image d’une vie, Brautigan n’était plus pour les lecteurs, qu’un nom dans le souvenir commun, comme un épitaphe : « Ci-git Richard Brautigan, grand auteur qui a vécu et ne vivra jamais plus que sur le signet de cette étagère. »

Deuxième exemple : Moebius*. Auteur de bande-dessinée inter-genre et inter-génération, toujours vivant et nous livrant encore aujourd’hui une réédition remarquable de L’Arpenteur Arzak, Moebius, alias Jean Giraud, n’a plus de place dans mes rayonnages. De L’Incal, avec Jodorowski, ne subsiste qu’un tome 7, résidu de commande client non désirée, et le volume 1 de la réédition d’Arzak. Sa série L’Incal sera elle aussi rééditée tome après tome et mois après mois depuis janvier pour le tome 1, dans ses couleurs d’origine, et pourtant, quand je vérifie, je ne trouve aucune commande dessus, ni celui paru en janvier, ni pour le prochain. Quand je dis « aucune commande dessus », j’entends que les agents commerciaux dans leurs bureaux devant leurs matchs de foot, n’ont pas commandé ces nouveautés, pourtant magistrales, quand bien même l’intégrale de L’Incal revisitée, publiée pour les fêtes, l’avait été, et vendue. (ne parlons pas de l’intégrale des années Métal Hurlant…)

En sera-t-il pour eux comme pour Raymond Carver, exemple assez semblable à Brautigan ? L’éditeur, Bourgois, devra-t-il rééditer son œuvre en intégrale* et faire parler d’elle au moment de la rentrée littéraire ? L’intégrale de Carver, éditée à L’Olivier, a été bien vendue, parce qu’elle avait été médiatisée, comme, aujourd’hui, au hasard, Stéphane Hessel*, Edgar Morin*, ou La Pensée Positive pour les nuls*.

Poussant le bouchon de mon analyse un peu plus profondément dans la bouteille de la culture mercantile, je réalisai que les librairies, et à plus grande ampleur, les grandes surfaces spécialisées en produits culturels, généralisaient la culture en ne mettant en avant que les 20% du stock, qui représentent 80% du chiffre d’affaires. Véridique. Et grand sujet de discorde, depuis longtemps avec mes chefs. Publiant cela, ma pensée n’est pas positive. Au contraire, comme le veut la saison, Hessel et Morin, puis la Tunisie et l’Égypte, je m’indigne et me révolte. Je n’ai plus rien à faire dans un magasin qui fonctionne au 20/80 et tend à travers cela, à uniformiser les goûts.



*1 : Richard Brautigan : retrouvez son oeuvre en poche chez 10/18 et chez Christian Bourgois et au Seuil, ses poèmes au Castor Astral

*2 : Moebius, et Jean Giraud : aux Humanos (L’Incal, l’intégrale Métal Hurlant…), chez Dargaud (Blueberry), chez Casterman et aujourd’hui chez Glénat

*3 : Raymond Carver : pour le peu qu’il en reste, tous ses textes ont été publiés à L’Olivier ; ses œuvres complètes en 6 tomes pour l’instant, ont été éditées entre août 2010 et janvier 2011

*4 : Stéphane Hessel, 93 ans d’indignation, Indignez-vous, éditions Indigène

*5 : Edgar Morin, seulement 89 ans, La Voie, éditions Fayard

*6 : La Pensée positive pour les Nuls, éditions First

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Brèves (2)

Posté par Manu dans Actu le 05-02-2011

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Pas grand chose cette semaine mais tout de même :

  1. Camus gratuit au Canada en téléchargement. Le domaine publique intervenant là bas au bout de 50 ans. Prenons exemple !http://bit.ly/gL179t
  2. Vous souhaitez écrire votre autobiographie de star ? Aucun problèmes : http://bit.ly/fhmTgG
  3. Édouard Glissant est mort aujourd’hui. Une petite pensée pour ses proches. Profitez en pour lire ou relire La Lézarde. http://bit.ly/fRxsi9

Vous pouvez toujours trouver les brèves à droite du site.

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Votre bibliothèque en 2.0

Posté par Manu dans Actu le 03-02-2011

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Je suis sur que vous avez une bibliothèque impressionnante. Peut-être l’est elle par son nombre d’ouvrages : des centaines, voir des milliers de livres que vous avez lu (ou non) et que vous aimez. Peut-être l’est elle par sa qualité : des dizaines de livres que vous avez adorés et que tout un chacun devrait avoir lu et aimer. Peut-être, encore, l’est elle par sa singularité : vous savez que vous êtes le seul à avoir ces livres et vous en êtes fiers. Dans tout les cas, vous les avez rangé d’une certaine manière. Au hazard de votre main et de vos cartons lors de votre dernier déménagement, par auteur, par collection, par couleur, par taille, ou tout ce qui peut vous passer par la tête. Dans tout les cas, vous avez envie de partager vos trouvailles, d’en savoir plus sur les auteurs qui compose votre bibliothèque, c’est alors que vous découvrez Librarything.

Le site n’est autre qu’une représentation de votre bibliothèque sur Internet. Vous pouvez choisir de la montrer aux yeux du monde entier, ou au contraire de la cacher. Ainsi, vous pourrez -par exemple – retrouver facilement tous les titres que vous possédez d’un auteur, voir ceux qu’il a écrit et que vous n’avez pas, connaître l’année de parution ou de première édition, savoir ce que les autres utilisateurs pensent de tel ou tel livres (par un système de notation et de critiques). Si le site s’arrêtait là, celà ne suffirait pas à en faire une chronique. La réel force de Librarything réside dans son caractère encyclopédique. Tel Wikipédia, tout un chacun peut ajouter des renseignements sur un livre, les vérifier et les compléter. Ainsi, les ouvrages ou les auteurs deviennent de jours en jours de plus en plus complets. Une véritable manne d’informations vous est donné sur chaque livres, pour chaque langues où il fut édité.

Autre force du site, ces informations sont petit à petit utilisé pour tenir des statistiques de plus en plus précise : lisez vous plus d’auteurs décédés ou vivants ? d’hommes ou de femmes ? quelle sont les nationalités les plus présentes dans votre bibliothèque ? et bien d’autres encore. Le site en français est en retard par rapport à son pendant anglais, mais je suis sur qu’il peut le rattraper bien vite s’il se fait connaître. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Pour un petit exemple, voici ma bibliothèque personnelle sur librarything.

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