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Les pieds dans la boue

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 29-01-2010

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Les pieds dans la boue, Annie ProulxLes pieds dans la boue est un recueil de plusieurs nouvelles. Toutes ont pour cadre les plaines du Wyoming et pour protagonistes des familles d’agriculteurs. N’oublions pas que ces agriculteurs, ranchers et garçons de ferme, ont été la fierté des États-Unis d’Amérique. Qu’ils ont nourri en bœuf tout un continent pendant des décennies, et sont aujourd’hui relégués au placard de la mémoire collective.

Loin des images d’Epinal du far-west, Annie Proulx, ayant vécu longtemps dans le Wyoming, nous livre une réalité différente d’Hollywood. Des textes très mélancoliques sur la survie d’hommes et de femmes qui tentent de maintenir par tous les moyens un savoir-faire originel transmis par leurs pères.

C’est la fin d’une époque. Les cow-boys dépeints par sa plume dans les années quatre-vingt-dix sont devenus végétariens pour ne plus élever de vaches, font du tourisme pour garder leurs terres. Mais ne prenons pas peur ; la virilité est toujours là, avec toujours le sarcasme propre à l’auteur. Les héros boivent, sa battent, font l’amour.

À l’image de la terrible nouvelle Brokeback Mountain dont le film a été adapté par Ang Lee, deux gardiens de moutons passent un été ensemble dans la montagne et tombent amoureux. Mais dans la violence de leur société des années soixante (aujourd’hui pourtant rien n’a encore changé dans le Wyoming), ils ne peuvent vivre leur union, et pendant vingt années de leur vie, ils vont se perdre, se retrouver, se perdre de nouveau, et picoler, se foutre sur la gueule et baiser.

À placer et lire entre un Méridien de sang de Cormac McCarthy et un Dalva de Jim Harrison.

Les pieds dans la boue, d’Annie Proulx, trad. Anne Damour, éditions LGF Le Livre de Poche, Paris, juin 2009, 6€, ou éditions Rivages, Paris, janvier 2003, 9€ (épuisé).

feu de bois et country music

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 07-11-2009

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teton national park snake riverSi je peux me permettre alors que la nuit tombe, je -Jean-Mi- vais narrer ici l’expression de mes goûts immodérés pour la littérature nord-américaine, introduisant à cette occasion le pourquoi du comment je lis ci ou ça, et surtout dans quel ordre.
D’ordre, on se rendra compte qu’il n’y en a que peu ; des triptyques avalés en sens inverse au risque de croiser difficilement, mais la littérature c’est ça aussi, des mots qui se savourent, en plus d’être un assemblage d’histoires imaginaires à imaginer.
Je vais lister des auteurs que j’ai découvert ou bien récemment ou bien anciennement et redécouverts récemment, enfin bref, des auteurs et des romans -principalement des romans, ma source d’affect première- qui m’ont marqué ou pas, mais je vous dirai quand ; la littérature peut être chienne, ou plutôt, le marché de la littérature peut l’être. Des auteurs et des romans donc, qui m’ont marqué, et dont j’ai arbitrairement envie de parler.
Mes interventions dans ce blog témoigneront sans farce de mes péripéties dans les livres en provenance des États-Unis, et produirai des pseudo essais avec la prétention de croire que je détiens la vérité, et effectuerai des listes exhaustives de livres, d’auteurs, d’éditeurs aussi.
J’avais découvert Cormac McCarthy en janvier 2008 avec la parution de son best-seller pulitzerisé La route, qui avait eu à cette occasion et pour cette raison, l’honneur des gazettes. Libraire à cette époque, j’avais trouvé le temps de lire plusieurs pages de ce roman, et ainsi le recommander, ou pas, à mes clients. L’écriture de McCarthy m’avait d’abord surpris, puis lassé quelque peu, tout en me laissant songeur, et même si la poésie de ses courts paragraphes narratifs m’avait séduit, je n’avais pas lu la totalité du livre, la raison invoquée étant le métier de la librairie.

Ne travaillant plus depuis quelques semaines, j’ai enfin réussi à me faire une idée sur l’œuvre de cet auteur, mais ne vais pas vous parler de La route, que je lirai probablement dans les jours prochains.
Après avoir causé de Cormac McCarthy, je viendrai à Jim Harrison. De la même manière que La route, j’avais lu Un bon jour pour mourir il y a plusieurs années. Ayant depuis, lu Dalva, sans doute son meilleur roman, et les Légendes d’automne, sans doute le recueil de ses meilleures nouvelles, je lis actuellement En marge, les mémoires de cet auteur mythique, avant de découvrir sa poésie peut-être, et ses chroniques gastronomiques, que j’aurai j’espère terminés pour vous en parler sans mentir comme le ferait n’importe quel libraire honnête avec sa fonction. -je dis ça mais si je veux retravailler un jour, je devrais arrêter.

Après Jim Harrison et McCarthy, je parlerai d’autres types, pour le moment proches du nature writing et de l’ouest sauvage, des trucs qui sentent le feu de bois et la musique country, car c’est ce que je lis depuis plusieurs mois. Mais ça peut changer.

J’ai fait ma liste des bouquins à chroniquer, encore incomplète car enrichie chaque jour des actualités. En parlant d’actualités, avec le festival des Belles étrangères, qui présente cette année du 9 au 21 novembre, douze auteurs américains, je me suis posé la question de savoir si j’en connaissais l’un d’entre eux, et la réponse fut oui, deux ou presque, Percival Everett et Colson Whitehead. Aussi, j’essayerai d’en dire quelques mots avant la fin des festivités.

Festivités du magret et de la courge pendant que j’y suis, et aucun rapport avec la belle Amérique, c’est à Brive-la-Gaillarde la bien-nommée en Corrèze, sa Foire du Livre dont je ne dirai rien car il y est question d’auteurs inconnus. Allez, une petite mention pour la chanson que vous trouverez ici.

D’actualités littéraires américaines, pour y revenir, vous en conviendrez il n’en sera que peu question. Avec Ron Rash, auteur d’un soi-disant polar paru en août aux éditions du Masque, Un pied au paradis, en fait tragédie familiale avec un shérif et un meurtre qui cautionnent son intégration dans le catalogue policier du Masque et sur les tables polars des librairies et autres revendeurs.

Du coup je pense au polar, et je vais surtout décrire ce qu’on peut trouver dans les fonds de rayons des librairies généralistes qui aiment le polar. Le Masque, Buchet-Chastel et Belfond n’ont qu’à bien se tenir, voici les gars de la Série Noire et de Rivages. Encore des ancrages profonds dans l’Amérique rurale avec James Lee Burke, Harry Crews, Ned Crabb, Fredric Brown et j’en passe. À défaut du décevant Ron Rash, le genre polar a eu droit ses temps derniers à quelques bons écrivains ; Craig Johnson chez Gallmeister « Noire » avec son Little Bird venu tout droit direct du Wyoming où le shérif lassé de sa vie découvre l’exaltation d’une enquête criminelle sur un cadavre tué au fusil de chasse et piétiné par les moutons et bouffé par les faucons. Fusil de chasse encore, avec les multiples vengeances de Julius Winsome, le héros du roman éponyme de Richard Donovan paru au Seuil l’an dernier, dont le chien, son unique compagnon, a été abattu par des chasseurs des environs de son chalet perdu au nord du Maine, et raison de l’énervement d’un homme habituellement doux et gentil, un brin misanthrope certes.

Piochant dans les classiques, nous irons fureter ensemble du côté de Jack Kerouac, de Faulkner et de Dashiell Hammett (tiens, on me dit que ses nouvelles traductions paraissent bientôt -sujet d’actualité ?), et au risque de contenter le camarade Jules, je ne parlerai de H.D. Thoreau que quand la lecture de son Walden sera terminée -lecture comme il se doit longue et fastidieuse pour le petit lecteur que je suis- d’ici à 2011 je parierais. Et l’oncle Walt -Whitman et ses Feuilles d’herbes, en bilingue chez tonton José avec une jolie couverture qui nous rappelle son air sévère de garçon des bois.

En attendant, on a de quoi faire, comme il se doit, et d’ici à notre prochaine aventure ensemble, je piquerai une phrase mythique du cinéma américain -ce sous-genre bien connu de la littérature, à un cow-boy de l’imagerie populaire chez les Coen bros :

Take it easy, Dude.dude lebowsky