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Un pied au paradis

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 20-01-2010

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un pied au paradis

Un pied au paradis* est un vrai-faux polar sur fonds de ruralité américaine. En Caroline du Sud, dans une vallée des Appalaches au climat rude, les fermiers vont et viennent dans leurs champs réciproques qui seront bientôt inondés par les eaux du barrage de la compagnie électrique. Les protagonistes ne se parlent que peu, voire pas du tout. Des tensions sont visibles, et nous n’en connaissons que peu les raisons. On soupçonne de vieilles rancœurs, de vieilles histoires de cul pourquoi pas.

Mais lorsque Holland Winchester, jeune vétéran traumatisé par la guerre de Corée disparaît, tout pousse à croire que Billy Holcombe, son voisin, l’ait tué. Premièrement, la mère Winchester avait entendu des coups de feu provenir de la ferme des Holcombe. Deuxièmement, Amy Holcombe, la si douce et si jolie épouse de Billy, semble avoir couché avec le disparu. Plusieurs fois même, et il paraitrait qu’elle ait aimé ça. Et ça, notre ami Billy pourrait ne pas trop le supporter. Et sans compter sur le fait, troisièmement, qu’Amy fut enceinte. Son époux étant de notoriété publique connu pour être stérile, ça fait désordre dans le comté d’Oconee. Et beaucoup d’alibis pour un seul homme, tout gentil qu’il soit.

Dans les années cinquante, les équipes techniques de la police ne sont pas encore développées. Le shérif enquête seul ou presque. Il recherche un corps introuvable ; le dossier est bientôt classé. On a d’autres chats à fouetter.

Après la narration du shérif, c’est au tour d’Amy Holcombe, l’épouse infidèle, de prendre la plume. Elle se fait narratrice, et donne sa version des événements, chamboulant celle du shérif, qui ne devient qu’un personnage secondaire. À sa suite, son mari ajoute de nombreux détails à la situation. Près de vingt années après, le fils lui-même, Isaac, intervient. Il veut déterrer les souvenirs de la vallée et l’eau monte déjà, engloutissant les champs de tabac, et bientôt les maisons vidées de leurs habitants partis vivre en ville. L’adjoint du shérif conclut le roman, conclut l’affaire. Un joli lac, tant attendu, recouvre enfin le passé de la vallée, et avec elle, de solides secrets. 

Publié dans une maison d’éditions de romans policiers, et sous l’étiquette même du policier, Un pied au paradis ne se lit pourtant pas comme tel. La disparition -et le meurtre supposé- de Holland Winchester, ne dessine qu’une illustration de ce qu’il se passe dans le comté d’Oconee. L’enquête s’appuie sur la disparition d’un personnage pour marquer la fin de l’existence d’une vallée entière, et la mort du personnage principal. Les histoires des Holcombe, des Winchester, du shérif et de sa famille ; c’est toute l’histoire des habitants de la vallée, du barrage et de l’âpreté de la vie, qui fait de ce roman une description de la société.

Se démarquant depuis quelques temps du genre whodunit qui a fait ses grandes heures, Le Masque, éditeur de Un pied au paradis, est entré dans le monde du roman noir. Un livre avec une couverture noire et un titre équivoque fait penser à un polar. Si le lecteur s’attend à lire un polar, il sera déçu. Il faut aller bien plus loin.

Ce roman est donc décevant sur le point de l’enquête policière. Il serait en outre très bon s’il était désigné comme une fresque sociale et familiale d’un petit monde rural. La photo de couverture présente l’ambiance très vraie du roman ; sécheresse et désolation mis en avant. Le style d’écriture de Ron Rash, dont c’est là le premier roman, se veut posément poétique, et, surtout, mélancolique. L’imprégnation est totale.

* Un pied au paradis, de Ron Rash, trad. Isabelle Reinharez, éditions du Masque, Paris, août 2009, 19€.