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Rubin Carter Il n’est pas besoin d’être médecin sportif pour remarquer à quel point les corps de beaucoup d’auteurs et de lecteurs sont mal foutus, tordus, et peu nerveux. Ce triste sort ne leur est pas réservé, disons que c’est une maladie courante dans le monde moderne. Mais dans leur...

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Ils prirent le maquis

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 11-06-2009

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Boris VildéOn approche bientôt de la date d’anniversaire de Boris Vildé. Peut-être est-ce pour cela, et en attendant d’autres événements que les éditions du CNRS ont édité « Des savants dans la Résistance« , autour de la figure de Boris Vildé. Vildé était au réseau du Musée de l’homme, un des premiers mouvement de résistance à l’occupant, bien en avance sur de nombreux groupes et partis. Ce groupe compta aussi Jean Cassou et Germaine Tillion dans ses rangs. Vildé est arrêté an 41 et meurt fusillé en peu après. Ses mémoires sont paru chez Allia.

Les lèvres nues…

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 11-06-2009

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Les levres nuesCela fait un moment que les situationnistes, particulièrement Debord ont le vent en poupe, assimilés dans un vaste bazar, au punk, au jazz ( ? ), Fluxus ou le Centre Pompidou, (cf « Guy Debord ou la beauté du négatif », Gonzalvez). Du même coup, et parce que c’est aussi certainement la face spectaculaire d’un mouvement d’intérêt plus profond et plus véritable, on voit ressurgir ça et là les noms d’Internationale Lettriste, de Bauhaus Imaginiste…. Des actualités récentes (des expos autour d’Asger Jorn et de Cobra à la Maison du Danemark, une autre à Bruxelles puis à Pompidou encore plus récemment) ont rappelé les liens avec des mouvements contemporains européens. Une autre figure, influente, relativement peu connue fût Marcel Mariën dont l’activité surréaliste a été variée. Son rapprochement avec les lettristes français commence au moment où Nougé, ami de Mariën, instigateur du surréalisme belge rencontre Wolman et Debord à Paris. Nougé, qui, dans ses manière de concevoir l’écriture s’éloignait du surréalisme à la française, nottament en critiquant le sommeil surréaliste. Déjà, Magritte et Mariën, depuis Bruxelles avaient reçu avec enthousiasme le tract « Finis les pieds plats », de Brau, Wolman et Debord condamnant Chaplin. Des échanges épistolaires continueront. En 1954 naît Potlatch, la revue de L’Internationale Lettriste, en même temps que Les lèvres nues de Mariën dans lequel écrit notamment Louis Scutenaire, auteur de la phrase « Vous dormez pour un patron », que les lettristes appellent à écrire à proximité des usines automobiles. Les lèvres nues cesse de paraître en 1958…un an après la fondation de L’Internationale Situationniste. Entre deux, une sorte de mariage intellectuel donnera lieu à des échanges continuels d’articles, de petits services. Par exemple paraissent dans la revue belge l’ « Introduction à une critique de la géographie urbaine » et « Théorie de la dérive » de Debord. Cet échange permettra aussi un éloignement d’avec le mouvement surréaliste français assez centralisé autour de la personne de Breton. En effet, Mariën n’hésite pas un temps à exalter la personnalité de Staline, une sorte de position réaliste qui fût propre notamment à la Résistance belge et à l’héritage qu’elle laisse, contre l’idéalisme trotskiste. Ce stalinisme s’oriente en fait assez vite vers une sorte de position assez farfelue. En 57, Mariën écrit « Quand l’acier fût rompu », roman sur la déstalinisation que Debord saluera franchement. L’ouvrage n’est pas en fait un hommage au petit père des peuples mais un simple bon roman en même temps qu’une dénonciation de l’idéalisme. La part de rire dans ce genre de réalisation ne doit pas être oubliée et la replace dans le contexte de la recherche perpétuelle du jeu qui exista aussi bien chez les situationnistes que chez certains surréalistes. En fait, on retrouve aussi dans Potlatch une sorte de vocabulaire franchement soviétique, provocation typiquement lettriste. La rupture aura lieu en fait sur ce point même, lorsque les surréalistes belges proposeront de signer un tract de soutien au Parti Communiste belge aux lettristes qui ne pourront accepter.
Les lèvres nues est disponible chez Allia. Des numéros se dénichent aussi dans les librairies de la rue Bréa (Paris VI).

J’suis snob

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 08-06-2009

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Être snob en littérature présente le même intérêt qu’être snob en toute chose. Pas la peine d’avoir lu un ouvrage pour le snober, je parlerais plus bas de livres que je n’ai jamais ouverts, en revanche une bonne connaissance du « livre snob » est primordiale. Vous remarquerez aussi que je ne citerais pas d’auteurs inconnus au bataillon, il faut toujours que le nom évoqué puisse évoquer, afin de faire son effet. Quelques contres exemples avant de commencer pour éviter toute méprise : lire Eudeline à la place de Philippe Manœuvre n’est pas faire acte de snobisme, c’est un parti pris dans le fashion. Belhaj Kacem à la place de Badiou, ce n’est pas non plus du snobisme mais du jeunisme, tout au plus. Enfin Siné Hebdo n’est pas plus snob que Charlie Hebdo car le caca-pipi n’est pas plus snob que le pipi-caca.

Voilà maintenant une petite série d’exemples. Le snob bien sûr bannit Sartre et Beauvoir de sa bibliothèque. Il les remplacera par un contemporain, un hussard, jeune, Kléber Haedens par exemple. Dumas est acceptable, mais Potocki est mieux, Paul Féval à la rigueur. Césaire, c’est désolant, est devenu de la négritude pour le peuple. On lui préférera donc Cheikh Anta Diop, dans la belle collection de poche de Présence Africaine. La Beat Generation est à déserter aussi ; Ginsberg, Gysin et autres Cassady, Dieu que c’est vulgaire. Le seul de ces hippies pouvant satisfaire un snob est Alexander Trocchi, héroinomane patenté, compagnon de route des situs, initiateur du projet Sigma, qui vous permettra en plus de snober dans un grand nombre de discussions, car il fût traducteur entre autres de Mandiargues, d’Obaldia, de Douassot et diffusa (à la criée) Beckett et Henry Miller parmi d’autres.

Mais l’on voit venir un apprenti snob, un Céline à la main et un air fier qui dit « oulala je n’ai pas peur de lire un auteur politiquement incorrect moi, attention ». Petit joueur. Pour couper court à toute discussion, sortez votre histoire de l’armée allemande de Benoist-Mechin, 6 volumes – trois sont déjà épuisés – reliés sous une épaisse couverture en tissu noir juste ornée d’une énorme croix-de-fer gaufrée puis dorée. Édition des années 60 de chez…Albin Michel… Et l’éternel étudiant, fier d’avoir découvert Maspero à 18 carats… Ah ah. Le snob lui préfère Dominique de Roux, un éditeur véritablement à la hauteur du siècle. Il est aussi des gens qui pensent que le nom de l’auteur, s’il est exotique, suffit pour impressionner… Non, ce n’est pas la peine de se la ramener avec un Murakami sous les yeux. Le prodigue Japon nous offre Mishima, classique mais classe, avec une biographie qui est à elle seule un roman d’aventures. L’engouement pour Larsson échappe bien sûr au snob, trop occupé à ressortir du rayon policier « Vamps » de Spinrad ou « Le mystérieux docteur Fu Manchu » de Rohmer. Un vampire maqué avec une tox qui parcourt New York en quête de sang d’accros, des promenades dans les bas-fonds londoniens à la poursuite du « péril jaune », ça ne vous convient pas ? Le snob se tient aussi loin des récentes éditions et rééditions d’Alfred Doblin. La révolution allemande, ça le connaît, il a déjà lu « Les réprouvés » d’Ernst von Salomon, certes écrit de l’autre côté de la barricade, par un corps franc, mais quelle plume ! Il paraît que Calvin intéresse ces temps-ci du fait d’un quelconque anniversaire. Mais pour la classe, ne nous soucions pas de ce réformateur. Il existe une certaine Pléiade, épuisée mais dénichable, les « Commentaires » de Blaise de Montluc, intrépide pourfendeur de protestants et mémorialiste remarquable. Maalouf est le comble du populaire, et sur des sujets comme les Assassins ou Khayyâm, on lira plutôt Vladimir Bartol ou Jean-Yves Lacroix. Laissez par ailleurs Negri, Kundera, Eco à d’autres. Vous cherchez un penseur moderne avec un nom à consonance méditerranéenne ? Jaime Semprun, haut du panier d’une pensée radicale contemporaine. Ses écrits inspirent en plus un tel pessimisme qu’ils vous mettront un iceberg dans le regard, des cernes sous les yeux qui vous donneront un air grave et blasé indispensable au snob.

Mesdames…

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 07-06-2009

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chaussuresDes temps moins pacifiés que les nôtres requièrent des pratiques qui nous sont inconnues. Dans un pays miné par les restrictions et l’absence de liberté, ressurgit l’évidence, pour les femmes les plus coquettes du moment, de la débrouille. C’est cette débrouille que nous propose de découvrir le petit ouvrage « Élégance et système D » de Paris Musées qui paraît en même temps que se tient une exposition sur le même thème au musée Jean Moulin. On découvre une mode qui s’adapte à des conditions de vie difficiles, sur laquelle se répercute les engagements politiques ; discrets signes de soutien à la Résistance dans la boutonnière ou effigie de Pétain sur foulard… Mais surtout, tout un savoir pratique qui se déploit chez les femmes qui conçoivent elles-mêmes leur tenue, renoue avec des gestes oubliés pour ne pas palier aux règles élémentaires de l’élégance. Cette détermination impressionne et l’on s’émerveille devant ces incroyables chaussures à semelles de bois très sophistiquées, ces élégants chapeaux en papier journal, ou encore ces sacs en draps de literie…

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat »

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 04-06-2009

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On connaît tous Gaston Leroux, ou au moins son célèbre personnage Rouletabille que l’on retrouve dans des aventures aussi célèbres que « Le parfum de la dame en noir » ou « Le mystère de la chambre jaune » qui ont été adaptés au cinéma. Mais Leroux n’a pas signé que ces seuls textes – supers par ailleurs. Il fut aussi avocat et reporter. Jusqu’ici, des textes peu connus de lui et pourtant remarquables avaient été publiés au serpent à plumes notamment « L’agonie de la Russie blanche » qu’il écrit après avoir été en Russie pour le compte du journal « Le matin » et « La machine à assassiner » magnifique roman sur une condamnation à mort, genre de peine auquel il était farouchement opposé. Pour revenir au roman, Rouletabille n’était pas le seul héros de Leroux. Il y eut aussi Chéri-Bibi, dont les aventures paraissaient en feuilleton dans « Le Matin » toujours. Les thèmes étaient à la mode de l’époque ; erreur judiciaire virant à l’enquête virant au fantastique virant au mélodrame… mais avec un ton et un style franchement macabres. Ces aventures, on les trouvait chez Bouquin à l’époque, édités par Francis Lacassin, genre boulot bien mené, mais bien sûr, ça n’a pas manqué, l’ouvrage fût rapidement épuisé. Voilà la faute réparée par les éditions Libertalia qui publient coup sur coup « Les cages flottantes » et « Chéri-Bibi et Cécily ». Francis Lacassin n’est plus dans le coup (il ne peut plus le pauvre homme, paix à son âme), mais les ouvrages renaissent avec de nouvelles illustrations. Un grand merci donc à Libertalia pour remettre à l’honneur l’auteur de la phrase « Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ».

Expérience de l’écriture, écriture de l’expérience.

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 04-06-2009

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Yannick Heanel au sortir dun café de Paris...

Yannick Heanel au sortir d'un café de Paris...

Un peu après la sortie de « Prélude à la délivrance » de Haenel et Meyronnis, un peu avant la sortie de « Jan Karski » de Haenel et après la sortie de « Cercle » en poche, un petit retour sur ce dernier (manu tu reconnaîtra et j’attend le tien…)
Yannick Haenel pose un langage littéraire riche pour une proposition de liberté dans un ambitieux triptyque.
Ce « Cercle » s’apparente à un chemin, celui de Jean Deichel, celui de Yannick Haenel, celui sur lequel certains lecteurs accepteront peut-être de s’engager.
La fonction des grands récits, celle d’explorer les conditions d’une expérience possible est au cœur de « Cercle ». Ce que nous propose cette œuvre, c’est la recherche d’un nouveau rapport à l’espace, au corps, mais surtout à la littérature.
Yannick Haenel nous invite à le suivre sur des chemins tour à tour érotiques, philosophiques ou encore historiques, mais toujours littéraires, à travers Paris, Bacon, Berlin, la Pologne, Primo Lévi…
« C’est maintenant qu’il faut reprendre vie ». Ainsi débute le roman. Sur une vie désertée et dont on ne saura au final que peu de choses. Une désertion assez précise pour être digne d’un fou que l’auteur analyse comme un acte typique de l’ère de la fin des utopies. Pas de déambulation hasardeuse au final, bien que l’on s’y attende. Non, ici, les plus grands auteurs – Melville, Joyce… – et leurs héros guident Jean Deichel, ce nouveau « personnage-concept » dont les rencontres sont trop incroyables pour être anodines ; une réceptionniste fan de Sade, une danseuse de la troupe de Pina Bausch ou encore un bistrotier connaissant suffisamment l’Odyssée pour faire figure d’Homère. Un chemin qui s’écrit au singulier mais qui laisse possible une véritable recécouverte de l’être humain, n’épargnant pas les souffrances physiques ou morales, pas plus que les plaisirs de la chair. Ne rentrez pas dans la peau du personnage ; on ne rentre pas dans celle d’Ulysse ou d’Achab. Ne jugez pas non plus. Ici, pas de processus d’identification mais l’observation d’une trajectoire, d’une ligne de fuite. Que tirer de « Cercle » sera la question la plus difficile, mais il y a trop à percevoir pour ne rien en tirer et quand la plume est fine on veut se laisser porter.

Yannick Haenel, qui se dit lui-même déçu devant la production littéraire contemporaine signe là une œuvre correspondant parfaitement à son travail de recherche déjà esquissé via la revue Lignes de risques, qui trouve parfaitement sa place au sein de la collection L’Infini, et récompensé par le prix Décembre.

Ivrea, Champ libre, du Lebovici en feuilles.

Posted by Manu | Posted in Librairie -edition | Posted on 30-05-2009

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Gerard Lebovici

Vous faites un tour dans le cinquième arrondissement de Paris un jeudi ou un vendredi ? Au lieu de vous payer un café à 7 euros au Flore, dirigez vous vers la place Paul Painlevé et rentrez dans la boutique Ivrea. Sur votre gauche, pleins de livres à moitié prix vous attendent, et croyez moi, ils valent les quelques euros qu’il reste à mettre entre les mains du vendeur (ou de la veuve Debord). Si vous ne trouvez pas votre bonheur sur ce côté du magasin, l’autre où est exposé les livres neufs vous satisferont de toute façon.
Le premier truc à faire est de courir vers les Georges Orwell d’occasion, et de tous les acheter (mise à part les tomes de Essais, articles, lettres, loin d’êtres indispensables et dont une sélection très bien foutue est présente dans Dans le ventre de la Baleine) si vous ne les avez pas déjà. Si vous êtes beaucoup trop raisonnable et refusez d’acheter pour plusieurs dizaines d’euros d’un même auteur, achetez au moins Hommage à la Catalogne et la Ferme des Animaux. Il ne vous manque maintenant plus que 1984 que vous pouvez acheter en face, à la librairie Compagnie en grand format, bien entendu, car tout comme Lebovici, vous haïssez le format poche.
Un peu plus bas dans la même étagère, vous trouverez, s’il y est encore De la guerre de Carl Von Clausewitz pour seulement trente euros. Tout savoir de la stratégie militaire pré seconde guerre mondiale pour trente euros, c’est on ne peut plus raisonnable, surtout en ces temps de crises. Les différentes campagnes du monsieur vous permettrons de parfaire votre connaissance de la stratégie militaire, prenez également Précis de l’art de la guerre de Jomini ainsi que Le Prince de Machiavel (même si vous l’avez dans une autre édition). Vous pourrez compléter votre enseignement avec les œuvres de Bakounine, que vous ne lirez surement jamais, vu comme le monsieur écrivait, mais c’est toujours la classe dans une bibliothèque ordonnée tout comme les écrits politique d’Hegel. Puis, vous volerez à une jeune fille le, merveilleux Daisy Miller d’Henry James et n’oubliez pas les Quatrains d’Omar Khayyam.
Pour en savoir un peu plus sur Champ Libre, et rire de bon cœur, n’oubliez surtout pas les correspondances de Champ libre, et lisez Tout sur le personnage de Gerard Lebovici. N’oubliez pas les Habits neufs du président Mao de Simon leys et la fabuleuse biographie de Staline de Souvarine, biographie qui a eu un mal fou, on l’imagine à se faire éditer dans nos belles contrées mais dont le petit père du peuple avait une version pirate traduite en russe.
Vous trouverez certainement pleins d’autres ouvrages que vous ne pourrez vous empêcher d’acheter, et vous ressortirez lésé de plusieurs centaines d’euros, mais vous vous direz, c’est certains, que vous avez fait l’affaire de votre vie.
Puis vous rentrerez dans votre duplex dans le 6ème, histoire de lire tout ça les dix prochains jours, de toute façon ça fait bien longtemps que vous n’allez plus au travail, votre héritage vous l’interdisant.

Dis bonjour au mauvais garçon…

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 14-05-2009

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L’histoire des « mauvais garçons » est émouvante. Si les meilleurs auteurs se frottant franchement à la délinquance s’y sont montrés parfois moins excellents que dans leurs écrits, il n’a jamais manqué en revanche de gens qui avaient le sens du beau et de la formule heureuse pour nous communiquer ses passions.
Des livres dont les sujets sont l’alcool, la prostitution, la pègre ou encore la drogue. Des auteurs qui en ont été et d’autres qui n’ont fait que raconter. L’on trouve de tout.
Parmi eux, commençons par Boudard (Alphonse) et notamment sa « métamorphose des cloportes ». Boudard qui fit à l’occasion de courts passages à l’ombre – il était si mes souvenirs sont bons un peu « monte-en-l’air ». Il travailla avec des cinéastes, comme Gabin et Audiard. Pas de hasards, un autre des vauriens des lettres française n’est autre que l’auteur de l’alcoolissime « Un singe en hiver » qui est, eh oui le livre précédant le film éponyme dont le scénario fût travaillé par Audiard. Cet auteur, c’est Blondin, fan de sport, réac patenté que l’on retrouvait parfois ivre mort vers Montparnasse cherchant la baston. Quittons l’alcool pour revenir à l’argot des youvois. L’autre maître du genre c’est sans conteste Simonin qui écrivit lui aussi pour le grand écran. Il nous laisse les inoubliables « tontons flingueurs » et « Les barbouzes ». En livre, le classique c’est « Touchez pas au grisbi ! ». Mais Simonin (Albert de son prénom) ne cachait pas son engouement pour la pègre. Il rédigea donc par exemple un « Savoir-vivre chez les truands ». Ces livres sont parfois précédés d’un glossaire que les « non affranchis sont invités à consulter » (c’est dit comme ça en début d’ouvrage). Allez, un petit saut dans le temps et l’on se tourne vers Francis Carco dit parfois le romancier des apaches. Il nous dévoile le Paris des macs et autres malfrats dans « L’homme traqué » ou « L’équipe ». Il fût aussi le biographe d’un des premiers auteurs à utiliser l’argot des mauvaises gens pour l’écriture : François Villon. On pourrait ajouter à cette liste tous ceux qui firent l’éloge ou l’expérience du haschich (Baudelaire), de la coke (Desnos), tous ceux qui passèrent en prison, les gauchistes sans scrupules (Rouillan vient de sortir un nouveau bouquin, il pourra bientôt avoir un linéaire rien qu’à lui dans les librairies), les auteurs « prolos » un peu « lumpens» genre Jehan-Rictus, etc, etc. Moi ceux que je donne c’est juste ceux que j’aime bien hein. Ces ouvrages sont souvent des lectures sympathiques mais aussi de vrais travaux littéraires sur l’argot, le langage parlé, de la rue, les codes occultes…
Il n’est pas à démontrer que cette littérature ( de genre ?) est à écrire aussi au présent. A vos pushkas et ramenez vos bonnes actions et vos crimes.

RAP GAME

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 23-04-2009

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Le rap n’a jamais été une affaire de livres. Dans les quelques parutions, romans ou études à ce propos, un tri s’impose ; la plupart sont de très médiocres ouvrages, banalités consensuelles, au ton souvent démagogique et peu renseignées. Mais l’on déniche ça et là de meilleurs titres. Des études très poussées avaient été publiés à l’Eclat : « The new beats : culture, musique et attitudes du hip-hop » et chez Allia : « Can’t stop won’t stop : une histoire de la génération hip-hop ». Une anthologie sympathique de textes de rap est sorti à La Table Ronde. Mais s’il y a une culture rap à chercher en librairie, mieux vaut se tourner le roman, particulièrement le noir (roman noir s’entend ici dans les deux sens du terme). Et commencer par le plus magistral d’entre eux. LA Bible des rappeurs, le roman culte ; « Pimp » d’Iceberg Slim (Ice-T tire son nom de l’auteur qu’il cite régulièrement). Pimp, c’est maquereau. C’est aussi probablement le mot le plus usité du rap cainri, un titre de 50 cent et sans doute le nom de scène de centaines de jeunes amateurs. Pimp -le roman- c’est l’histoire d’un jeune mac noir, où la crudité du vocabulaire ne fait concurrence qu’au tranchant du regard social de l’auteur. L’autre polar à lire serait probablement « Le vautour » de Gil Scott Heron, artiste considéré comme le papa du rap. Du côté de l’Hexagone, c’est Izzo avec sa trilogie marseillaise qui fût le plus hip-hop de nos auteurs. Son œuvre rappelle franchement IAM. Le rap a aussi ses mythes, n’importe quel fan sait combien Tony Montana, Mesrine ou Mohamed Ali sont des références. Profitez-en pour lire ou relire « L’instinct de mort » du grand Jacques, « Scarface » de Armitage Trail et une petite bio de Ali, celle de Lelorain par exemple.
Plus généralement , le rap dans ses passions est hanté par l’Islam autant que par les mouvements noir américains et bien sûr par ses ancêtres ; rock, jazz et blues. Ces sujets sont l’objet de régulières parutions de qualité, citons pêle-mêle les meilleurs : « Black Panther » à l’Echappée, « Blaxploitation : 70′s soul fever ! » de Sévéon chez Bazaar and co, « Hellfire » de Tosches chez Allia, « Sly Stone : le mythe de Staggerlle » de Greil Marcus chez le même éditeur. Mais cette vague recension serait nulle sans évoquer les ouvrages du maître en la matière : Nik Cohn. « Soljas » et « Triksta », c’est une incision dans le milieu hip-hop hardcore des plus fascinantes. Le cadre ; la Nouvelle-Orléans, c’est acre forcément. De jeunes you-vois devenus richissimes du jour au lendemain poussent les lyrics à leur maximum de vulgarité et de violence sur des beats endiablés. Des filles en transe finissent à moitié à poil devant les Cadillacs des DJ les plus côtés de la région. Des gosses déchirés au crack et au cognac (pour la reconnaissance sociale le cognac) se tirent dessus à balles réelles, purgent des peines à perpet’ et rêvent de lancer des liasses de billets dans la foule en liesse depuis la scène. Dirty South quoi.

A mort l’avant-garde, vive l’arrière-garde!

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 22-04-2009

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« Ce ne sont pas des révoltés. Tout juste des impertinents » disaient d’eux M. Nadeau qui n’était pas lui, c’est sûr très porté sur l’insolence (souvenons de son histoire du surréalisme). Ils se voulaient « désengagés » quand les Temps Modernes professaient la bonne parole sartrienne. Les Temps Modernes, c’est dans ce torchon, l’ennemi juré, qu’on trouva le joli nom de « hussard » à cette troupe composée surtout de Nimier, Blondin, Jacques Laurent. Et c’est peut-être une des rares bonne trouvaille de ce journal, en effet ces auteurs chargèrent comme des hussards et ruèrent dans les brancards de la littérature française. Nimier, le plus connu et le plus talentueux charge son lecteur désespérément en quête d’une intrigue dans des romans dont le héros lui est en quête d’une vérité. A priori, dans les thèmes, rien de nouveau ; des jeunes gens s’adonnant à de longs monologues intérieurs, de l’amour, de l’érotisme, mais l’insolence et l’éclat des romans de Nimier sont hors-normes, de jubilantes torsions littéraires. Nimier, lui fan de vitesse mourut dans « des draps de feuilles atrocement froissés » selon les mots de Blondin.
Anti-existentialistes, franchement réacs, parrainés par les plus grands, probablement bientôt de nouveau fashions, vous trouverez la plupart des écrits des hussards à la Table Ronde (ils participèrent activement à la revue du même nom).