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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, de Mathias Enard

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 22-08-2010

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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est le nouveau roman de Mathias Enard, bombe de la rentrée littéraire.

Je les entends déjà rire, et pourtant je ne parlerai que peu de Zone. Paru en août 2008, prix Décembre, prix du Livre Inter, Zone est son précédent roman qui avait été pour moi la sortie de l’année.

Je ne dirai pas que j’ai été déçu par son nouveau roman, mais il est juste de dire qu’il est très différent. Michel-Ange arrive à Constantinople en 1507 pour lancer le chantier d’un gigantesque pont qui reliera les deux rives de la Corne d’Or. Le grand Léonard vient d’y échouer et pour prendre sa place, et surtout par appât du gain, celui qui n’est pas encore le célèbre créateur du plafond de la Chapelle Sixtine, arrive dans cette ville aux portes de l’Orient. Plus qu’un architecte ou qu’un sculpteur, l’homme découvre les joies et les tourments du dilettantisme dans cette cité d’impies qui ne s’appelle plus Constantinople. De retour de longues balades avec ses accompagnateurs mandatés auprès de lui par le Grand Vizir, Michel-Ange s’enferme dans sa chambre pendant des jours et s’abandonne dans des esquisses de détails entrevus dehors. C’est une danseuse venue égayer une soirée à laquelle il participe, qui lui fait découvrir l’amour. Mais s’il n’est pas même parvenu à déceler le sexe de ce corps, Michel-Ange hésite devant la nature des désirs que cet être crée chez lui. Ce n’est pas cet amour qui éveille l’artiste, mais un autre, plus proche et pourtant plus loin de lui, et que la danseuse devenue amante (ou le danseur devenu amant) va lui permettre de découvrir. Nous savons, quand nous connaissons la biographie de cet artiste qui a marqué des générations d’artistes après lui, qu’il a été amoureux d’un homme. Nous découvrons dans ce court texte de Mathias Enard que cet homme, il l’avait connu à Istanbul.

Un roman qui commence léger et termine ténébreux, et qui en ça ressemblerait à son grand frère Zone, mais il n’en est rien. Son écriture est plus simple, moins maniérée même, diront ceux qui avaient détesté Zone, et j’en connais personnellement. On y retrouve bien sûr au moins l’un des sujets de prédilection de l’auteur. Il mentionnait déjà dans Zone cette région géographique qu’est la Méditerranée, et encore plus, les rives orientales de cette mer. Souvenons nous de cet ex-agent secret ressassant à l’occasion d’un ultime voyage en train tous les souvenirs de quinze années de renseignements autour de la Méditerranée. Pour ceux qui l’avaient lu, souvenons nous de La perfection du tir, premier excellent roman de l’auteur et qui mettait en scène un jeune sniper lors d’une guerre civile non citée à aucun moment hors le fait qu’elle se situait dans une région méditerranéenne dans laquelle nous reconnaissions le Liban. Ce garçon encore adolescent est entré dans la guerre et parce qu’il ne connait rien d’autre ne saura jamais comment vivre l’amour qu’il éprouve pour une jeune femme, autrement que dans la violence et les larmes. Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est pour moi un roman qui aurait pu faire partie de Zone. Il le complète et y ajoute une pincée d’art et de sentiments. À ce même titre, La perfection du tir annonçait Zone en cela que ce pouvait être une histoire rencontrée par l’agent secret.

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants reste un beau roman à lire. Vous y découvrirez un court moment de la longue vie de Michel-Ange et qui pourtant la déterminera jusqu’à sa fin. L’écriture, au delà d’être différente, est très intéressante, et plus travaillée à mon goût que les ouvrages précédant Zone. L’auteur use d’un système de narration cher aux américains et à certains français auxquels Mathias Enard se plait à ressembler. Il n’entre pas dans la psychologie de son personnage ni d’aucun autre. Il décrit les faits, simplement, et au lecteur d’en tirer ses conclusions. Un petit extrait pour en illustrer le propos, tiré du début du roman :

« Michel-Ange frémit dans son manteau de laine, le printemps est timide, pluvieux. Michelangelo Buonarroti atteint les frontières de la République de Florence à la seconde heure de la nuit, nous apprend Ascanio Condivi, son biographe ; il s’arrête dans une auberge à trente lieues de la ville.

Michel-Ange peste contre Jules II le pape guerrier et autoritaire qui l’a si mal traité. Michel-Ange est orgueilleux. Michel-Ange a conscience d’être un artiste de valeur. »

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, de Mathias Enard, éd. Actes Sud, paru le 16 août 2010, 17€
autres romans de l’auteur :
Zone, éd. Actes Sud, paru en août 2008, 22,80€, et chez « Babel », août 2010, 10,50€
La perfection du tir, éd. Actes Sud, paru chez « Babel » en août 2008, 6,50€ (indisponible en broché)
Remonter l’Orénoque, éd. Actes Sud, janvier 2005, 16,80€ (histoire plus sombre encore que les précédentes, mais très belle – une femme embarque comme passagère sur un cargo pour remonter l’Orénoque. Elle va se perdre pour s’oublier et oublier sa détresse dans laquelle elle s’enfonce plus profondément encore dans sa cabine des entrailles du rafiot.)
Bréviaire des artificiers, éd. Verticales, février 2007, 15,50€ et parution en « Folio » le 26 août prochain, 4€ (les jours de l’apprentissage d’un jeune homme en formation d’artificier au sens terroriste du mot, sous l’autorité d’un vieux maître plein de sagesse et de folie qui lui enseignera son métier. Les auteurs eux-mêmes mettent en garde en quatrième de couverture : « Manuel de terrorisme à l’usage des débutants, ce livre, agrémenté d’une cinquantaine d’illustrations, renseignera utilement l’amateur de savoir-vivre, et si nécessaire, de savoir-mourir. pour éclairer sa lanterne – comme Virgilio, un apprenti artificier des îles Caraïbes -, il profitera des dix leçons de sagesse d’un maître en ces matières explosives. les auteurs tiennent à décliner toute responsabilité quant aux conséquences esthétiques, politiques ou digestives liées à la mise en pratique des conseils ici recueillis. Toute ressemblance avec des personnes présentes ou à venir serait certes surprenante, mais pas impossible. »

Cocaïne dans les lettres : une imposture!

Posted by Jules | Posted in Livres | Posted on 02-11-2009

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begbeider

par prosto photos (cc)

Certains écrivains peu soucieux de pédagogie ne savent plus quoi inventer pour vendre leurs bouquins ou trouver de l’inspiration. Une technique bien connue : se servir de la cocaïne comme argument de vente. Le pire, c’est que les amateurs de la dite-drogue seront déçus à la lecture de ces oeuvres.
Récemment, c’est Beigbeder qui s’est débrouillé pour atterrir en garde à vue suite à une partie de karaté colombien en pleine rue. Garde à vue qui lui sert de point de départ pour son roman français. L’affaire lui vaudra certes une rétention peu agréable, mais aussi un prix littéraire. Encore heureux, dans son livre, il prend la défense de ceux qui pourraient suivre son chemin en s’en prenant aux conditions de détention scandaleuses qui sont celles de notre pays.
Mais il y eut pire : Agueev et son Roman avec cocaïne. Imposture s’il en est, car la drogue n’est même pas la clé du scandale qui entoura la parution du roman. Ce qui choqua fut plutôt l’apprentissage amoureux du jeune lycéen et non pas qu’il se mette de la poudre plein la tronche à longueur de temps. De quoi choquer association de parents d’élèves et lecteurs en quête de roman de défonce. Pas plus honorable fut le travail de Freud. Un ramassis de lettres et de maigres recherches font le panégyrique de la poudre blanche. Alors que l’on s’attend à voir le père de la psychanalyse se taper des traces dans tout les coins de la maison dans le but avoué de se mettre à l’envers, on assiste béat à un jeune premier ingurgitant d’importantes quantités de cocaïne pour mieux réussir une conférence. Dépitant. Mais le summum, c’est bien sûr Hergé qui l’atteint avec son Coke en stock. Pendant que l’indigné parent d’élève s’en va chez le préfet, cette accablante preuve de relâchement dans la production enfantine sous le bras, le junkie cherche à toutes les pages où se cache cette fameuse provision de came. C’est avec tristesse qu’il apprendra que coke désigne ici des esclaves noirs embarqués sur un cargo. Et que Tintin, une fois de plus, au lieu de goûter dans chaque port la production locale se contentera d’observer le capitaine Haddock bourrer sa pipe…de tabac.
Une gabegie que cette production qui triche avec les attentes des lecteurs tout en faisant l’apologie du vice.

Une petite rentrée littéraire.

Posted by Manu | Posted in Librairie -edition | Posted on 06-07-2009

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Bientôt la rentrée littéraire, les libraires ont reçu leurs services presses – Michaël vous les chroniques tous d’ailleurs – et les auteurs veulent leurs prix. Mais voilà le drame : il n’y aura que 659 romans cette année, une baisse impressionnante de 2,51%, un drame pour tout lecteur qui se respecte ! Comment le lecteur vas t-il faire pour occuper son temps avec 17 livres en moins ? Et cela ne risque pas de s’arranger, en effet, le site la boite à sortie nous rappelle que cela fait maintenant deux ans qu’une telle baisse intervient.

Nous pouvons clairement tablé sur un début de la fin de la création littéraire. Pauvre de nous.

la rentrée littéraire : c’est parti

Posted by Michael | Posted in Librairie -edition, Livres | Posted on 01-07-2009

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bernard-wallet1A partir d’aujourd’hui et jusqu’à indigestion totale, je publierai un article tous les jours ( sauf le jeudi soir, j’ai cricket ) à propos d’un livre à paraître au cours de la prochaine rentrée littéraire. Je prend un livre au hasard dans ma petite pile de Services de Presse, et c’est parti.

Aujourd’hui donc, je commence avec BW, de Lydie Salvayre, aux éditions du seuil qui paraîtra le 20 aout prochain.

le sujet du livre, c’est lui, c’est BW, comme l’appelle Lydie à longueur de temps, sans doute par respect pour sa vie privée ( un peu comme dans les livres qui portent des titres genre  » moi, GB, 13 ans, violée par mon oncle » ) alors qu’on l’identifie dès le premier tiers du livre comme Bernard Wallet, fondateur des éditions verticales. Et il se trouve que notre bon Bernard perd plus ou moins la vue à la suite d’un décollement de rétine, et cela le mécontente quelque peu. Bon. Et comme Lydie, qui est gentille, passe le voir à l’hopital, il se dit ‘tiens, je vais lui raconter mon histoire de quand je suis parti au liban en mob’, et elle ‘tiens justement ça tombe bien je n’ai toujours pas commencé mon livre de la rentrée littéraire prochain’

bon, récapitulons, nous avons en A un éditeur ex champion d’athlétisme ex voyageur ex voyant qui raconte, et en B une écrivaine complètement en admiration face à ce type, qui écrit. Au final cela nous donne un livre relativement indigeste dans la forme puisqu’écrit entièrement à la troisième personne avec un BW majuscule placé toutes les deux phrases ( « BW fait ci, BW fait ça, BW prend un coup de fil, etc.. ) entrecoupé de réflexions de BW qui dit « tu vas le dire ça ? » et Lydie de répondre « oui BW, je vais le faire » ( vous voyez, j’ai placé six fois BW en deux lignes et vous en avez marre, eh bien Lydie, elle, place entre quatre et six fois BW par page, pendant 200 pages ), et pour ce qui est du fonds, on suit BW un peu au moyen orient mais de façon anecdotique, on apprend que lorsqu’il est toujours à l’hopital, les éditions verticales continuent de fonctionner ( Oh! ), on apprend ( mais seulement à la fin du livre, parce qu’il faut garder le suspens ) que le père de Bernard Wallet roule en Mobylette, et on s’ennuie tout le temps, on s’attend à un démarage de grande histoire qui n’arrive jamais, ce livre n’est qu’une réunion de deux personnes qui discutent et qui se lancent des petites réflexions et des anecdotes, et qui prennent du plaisir à être là tous les deux, mais pas un gramme de ce plaisir ne parvient jusqu’au lecteur, ce qui est bien dommage, tout de même.

verdict : achetez plutôt un lonely planet sur le liban, et ‘l’édition sans éditeur’ d’André shiffrin.