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Les trois livres qu’il faut avoir lu

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J’entame une de ces chaines qui font chier tout les bloggeurs, mais cette fois, ce n’est pas pour connaitre vos cinq plus grosses hontes ou les cinq positions favorites de votre chat, mais pour parler livre. Et de préférence de livres pas chiants, voir même de bons livres, c’est...

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Suel Kerouac l’a fait

Posted by Jean-Mi | Posted in Livres | Posted on 22-11-2010

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Quelques mois auparavant, je mentionnais la réédition-retraduction de l’œuvre de Jack Kerouac, le roman initiatique devenu récit autobiographique Sur la route, sous intitulé par Gallimard (pour ne pas confondre avec le Folio ?) « le rouleau original » (faisant ainsi référence au long rouleau de parchemin utilisé par l’auteur pour taper le texte d’une traite).

En dehors de cette œuvre magistrale, le lecteur averti connaitra Les clochards célestes, Les anges vagabonds, Le vagabond solitaire et j’en passe et des meilleures. Tous traitent, comme nous le remarquons dans les titres eux-mêmes, des vagabondages de l’auteur et de ses alter-ego chers aux littérateurs américains (et aussi français, mais ça me déprime d’en parler aujourd’hui, Houellebecq a eu le Goncourt que faut-il d’autre ?)

Qu’en est-il des moments tranquilles de l’écrivain canadien ? Qu’en est-il de la douceur du foyer dont il n’arrive pas à s’attacher dans ses « romans » ? Et bien, quand Gallimard publiait en grandes pompes « le rouleau original », les éditions La table ronde faisaient paraitre Le livre des esquisses (1952 -1954), extraits des journaux de Kerouac quand il vivait chez sa sœur en Caroline du Nord. Des pensées, des anecdotes de rien du tout ou presque, des conversations qu’il reporte, parfois avec minutie, parfois en quelques mots, comme bavés sur un coin de table, sortant ce carnet de sa poche poitrine de chemise ; des poèmes donc, beaucoup de poésie dans ce qu’il raconte. Il dévoile dans ses textes beaucoup de lui-même et de ses contemporains.

Lucien Suel est le traducteur de ces textes manuscrits. Spécialiste de la littérature beat, lui-même poète et écrivain, je tiens à saluer cet homme. Je l’avais découvert il y a deux années, quand paraissait un livre intitulé Mort d’un jardinier, à la Table ronde. Aujourd’hui publié chez Folio, il est temps de remarquer ce roman fantastique.

Mort d’un jardinier nous laisse penser qu’il est le contraire d’un roman d’apprentissage. Et pourtant, non. C’est le long monologue intérieur du narrateur s’adressant au personnage central du roman. Le jardinier. Il descend au petit matin dans son potager et le narrateur lui parle de l’univers qui l’entoure. De ce microcosme dont l’homme a transformé sa vie. De rappeler, entre le carré de terre à biner et les odeurs à humer, la vie de cet homme. Ce sont ses souvenirs qu’il nous découvre, des souvenirs d’une vie pleine, de voyages, de rencontres, de musique, d’amitié, d’amour, de bière, de joie. La vie d’un homme qui aime la vie. Chaque action présente dans son jardin est comme induite par son passé. Si l’homme est vieux aujourd’hui, nous n’en savons rien, mais nous nous en doutons. Des problèmes cardiaques, des pincements, très douloureux ou pas trop. Il vit avec et sait qu’il va mourir. Mais avant de mourir il se souvient de tout. Ce mystérieux narrateur, cette personne qui lui fait la conversation, qu’on pourrait imaginer assis sur un banc ou un muret dans ce jardin et qui regarde le jardinier travailler, ou qui l’aide, cet homme lui rappelle tout de sa vie. Ce narrateur qui, après tout, n’est qu’une voix dans le livre, n’est-il pas simplement le reflet de la pensée du jardinier ? Se parle-t-il à lui même pour se souvenir ? On n’en saura rien. Le jardinier travaille, se repose en fumant une cigarette, regarde la beauté du paysage, reprend le travail. La journée décline. Et avec elle, la vie s’en va. Le jardinier ressent cette douleur une nouvelle fois. Elle monte en lui, se fait plus violente, plus aiguë. C’était joué d’avance bien sûr, avec un titre comme celui-là, et nous connaissons la fin. Mais ce qui est important dans ce roman, ce n’est pas la mort du jardinier, il n’y a même pas de surprise, mais c’est la vie de cet homme devenu jardinier. Cet homme qui a aimé la vie, l’en a remercié plus d’une fois en profitant d’elle et de ses plaisirs. Au crépuscule de sa vie, il fait le point et se souvient. Mort d’un jardinier n’est pas un livre sur la mort ; c’est un livre sur la vie. À l’image des légumes, des fruits, des fleurs de son jardin, qu’il a vu pousser et qui un jour, mourront derrière lui. On en est à la vie.

Mort d’un jardinier est un magnifique premier roman.

Mentionnons maintenant le travail de l’artiste, du poète, de l’écrivain Lucien Suel. Il a un blog baptisé Lucien Suel’s Desk (« L.S.D. ») dans lequel il parle de ses ouvrages (nombreux) et des éditions Station Underground d’Emerveillement Littéraire (« S.U.E.L. »), et un autre blog baptisé SILO dans lequel figurent des extraits de son œuvre.

Parce qu’on ne parle pas assez des auteurs anodins, voilà de quoi réparer l’injustice.

Sur la route II

Posted by Jean-Mi | Posted in Actu | Posted on 14-05-2010

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Goddamit ! L’information sur le Nouvel Obs de cette semaine m’a bouleversé. Le roman le plus célèbre de la jeunesse perdue (bien avant L’attrape-cœurs) a été retraduit, et bientôt publié !

Jack Kerouac avait posé sur papier ses aventures romancées avec ses potes William Burroughs, Neal Cassady, Allen Ginsberg, sur les routes d’Amérique du Nord à la fin des années quarante. Le narrateur s’appelle Sal Paradise. Il vient de divorcer et rejoint son pote Dean Moriarty pour rallier San Francisco depuis New York en stop. La galère commence avec une pluie qui freine les ardeurs du jeune homme avide de liberté. Quand il partira enfin, il ne cessera de revenir au bercail, et de repartir, de s’installer avec une femme quelque part, et de repartir. Sur la route, le jazz les met tous en transe. La défonce comme le sexe, le narrateur n’en parle qu’en sous-entendus, par pudeur peut-être. Kerouac nous livrait un récit long et exaltant, comme un voyage de trois-mille kilomètres, des traversées lentes et décourageantes suivies de courses en bolides enthousiasmantes. L’essence même du roman de voyage.

Cette nouvelle traduction donnée par Josée Kamoun (à laquelle on doit notamment des traductions de Philip Roth et John Irving), révèle au public francophone le texte original de l’auteur. Le lecteur lambda pourrait penser que les traducteurs Gallimard de l’époque (début des années 50) n’en branlaient pas une. Rappelons nous de Marcel Duhamel ou de Boris Vian. Non, affirme Didier Jacob dans son article, le texte original de Kerouac, écrit en 22 jours à la machine à écrire après quatre années de tentatives, avait été censuré par son éditeur, en 1951. Pas étonnant, à la vue des « insanités » livrées enfin par cette nouvelle traduction. Du sexe, de la drogue, tout ce que j’avais cru omis par l’auteur avait été en fait interdit par l’éditeur. L’écrivain avait besoin de fric, comme tous les hobos, c’est pourquoi il avait retravaillé son texte pour le faire accepter de l’Amérique de la Guerre froide et du maccarthysme.

Quelle hâte de relire enfin ce texte sacré, dans sa splendeur retrouvée. À ceux qui ne l’ont jamais lu, et ceux qui l’ont lu il y a trente ou quarante ans, tous, plongez vous d’une traite dans cette quête initiatique. Un bon whisky, un feu de cheminée, et laissez vous bercer sur la route…

Sur la route : le rouleau original, Gallimard « Du monde entier », prévu pour le 25 mai 2010, 24€.
Au cas où, pour ces messieurs dames les désargentés, prolos et nouveaux hobos, l’édition de poche chez Folio propose une version tronquée mais néanmoins envoûtante, à 7,70€.

l’article du Nouvel Obs